ETUDE DU SAMA'I

Publié le par Mohamed SAADAOUI


Le Sama’i, de création turque, est une pièce instrumentale qui sert comme prélude à une suite modale dans la musique arabe et turque et à conclure un Fasl qui est également une suite modale mais spécifique à la musique turque. Le rythme du Sama’i est un 10/8 avec un doum (temps fort) au premier temps de la première cellule de 5 temps et deux doums successifs au début de la  deuxième cellule de cinq temps également. Pour écouter le rythme du Sama’i, cliquez sur le lien suivant :
http://www.maqamworld.com/rhythms/muwashahat2.html#samai_thaqil, puis sur le lien en dessous du Tar. Le Sama’i porte le nom de son maqâm ; exemple Sama’i Ferah feza, Sama’i Bayati etc. Il est évident qu’il existe plusieurs Sama’i dans le même mode, composés par des musiciens différents. Certains sont plus réputés et plus joués que d’autres. La structure des Sama’i est identique, à savoir quatre parties, le plus souvent égales en nombre de mesure, suivies chacune d’un refrain appelé Teslim ou Lazima. Contrairement au Beshraf qui possède un seul rythme, du début jusqu’à la fin, le Sama’i a la particularité d’avoir un rythme léger, ternaire (6/8) ou binaire (3/4 ou 6/4) à sa quatrième partie. Le tempo du rythme à 10/8 est au tour de 110 pour une croche, quand à la quatrième partie ou Khana 4, le tempo est en général plus vif.

 Le Sama’i que je vous propose, à titre d’illustration, est un Sama’i Ferah feza de Mahieddin Targan, un compositeur turc. Ce Sama’i est très prisé par les musiciens orientaux, arabe et turc. Pour l’écouter joué par l’ensemble El Anasser, cliquez sur le lien se trouvant en dessous de sa partition.

Sama-i-Ferahfeza-Teslim.pngSama-i-Ferahfeza-Khana-2.pngSama-i-Ferahfeza-Khana-3.pngSama-i-Ferahfeza-Khana-4.png
Vous remarquerez que la troième partie (Khana 3) de ce Sama'i est plus longue que les autres parties, ceci est une exception à la règle. La quatrième partie, ayant un rythme différent, est presque toujours indépendantes des Kana 1, 2 et 3.
Pour écouter ce Sama'i, joué par l'ensemble El Anasser, Cliquez ici

 

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Lila Borsali(des airs andalous) 26/10/2007 11:56

Bonjour,je tiens à vous féliciter, vous et vos élèves , suite à votre passage dans l'émission "bonjour d'Algerie".ça fait toujours plaisir de voir des associations sur l'écran présenter un travail.Merci.
Lila

Mohamed SAADAOUI 27/10/2007 13:39


Merci pour vos encouragements, j'aurai aimé vous faire profiter plus longuement de sonorités musicales, malheureusement, le programme était très chargé ce jour là. Le
passage de maître VERGES a pris beaucoup de temps et on ne peut pas maitriser une émission quand on a en face de soi (je parle de l'animatrice Amel) une pointure pareille.


sonja 25/09/2007 13:49

Et bien ce blog a le mérite de donner des détails précis sur les instruments, les notes, la musiques...
Je n'y connais rien. Mais j'aime cette musique. Douce ou entrainante elle produit de jolis sons, ainsi que tout un contexte qui pousse à se sentir emporté.
En plus, de tels galas donnent de la couleurs et un parfum particulier venus des ailleurs.
Robes de soirées magnifiques pour les femmes. Des tenues pour les hommes. Un très bel ensemble. Un cachet plein de charme.
On se laisse facilement entrainer par l'ambiance.
Je suis tombée par hasard sur le blog, mais je pense que je viendrais parfois y faire des visites.
Le ton sur lequel on dit les choses est direct, et c'est une bonne chose.
Faire parti de cette association doit être très porteur. Baigner dans l'art de la composition et de la musique, c'est assez génial...
Bon courage pour toutes les petites et grandes batailles qui viennent parfois bouleverser l'association. C'est culturellement une obligation si on ne veut pas la mort de l'art.
Je reviendrais quelquefois faire mon petit tour de lecture, et de curiosité, par ici.
Les photos sont magnifiques...
Cordialement
Sonia

Youssef 11/06/2007 21:53

ça a le mérite d'être clair comme explication.
Mais je n'ai qu'une mandoline pour jouer , on peut deviner un peu la coloration "d'origine" si on est juste un peu habitué aux musiques orientales.

Mais dans un souci de pédagogie tu devrais nous expliquer par exemple comment modifier la position des fretes d'une mandoline (et de combien en pourcentage exprimé par rapport à la longueur de la corde à vide) pour obtenir quelque chose de plus proche des gammes exposées (non tempérées) et est-ce que l'opération reste toujours possible quitte à modifier les fretes pour chaque mode.

Je pense que tu as pensé à cette question, ... j'avais fait à l'époque ce genre d'excercise mais j'ai perdu mes notes. Sauf que j'avais utiliser d'autres rapports ne connaissant pas les subtilités de ces gammes turques.

Bonne continuation et Merci

Youssef

Mohamed SAADAOUI 11/06/2007 23:31

Question pertinente effectivement. Tu as dû remarquer que les instruments turs, en l’occurrence le tambour (Tanbur en turc), utilisé dans la Sanat (musique classique turque et dite ottomane), ou le Baglama, utilisé dans la musique folk, possèdent un long manche muni de frettes mobiles qu’on peut déplacer à sa guise et selon les intervalles du maqâm en question. Ces frettes mobile sont en fil de pèche enroulé environ 10 fois sur le manche.  La longueur des cordes du Tambour est de 106 cm et les frettes sont disposées de façon à avoir tous les intervalles utilisés dans le système musical turc. La longueur des cordes du Baglama est de 82 cm, à vide. Pour les subtilités de l’ordre du comma, seuls ces instruments peuvent faire l’affaire et ceci en mobilisant la frette de façon à avoir le son juste. Quand à la mandoline, je suis désolé,  vue la courte longueur des cordes,  il est pratiquement impossible d’avoir toute la palette sonore permettant de jouer n’importe quel maqâm. C’est pour cela que j’ai dit la dernière fois que la mandoline n’a pas sa place dans l’orchestre classique si on ne veut pas jouer tempéré. Là aussi, je n’ai pas toutes les réponses. En tout cas une chose est sûre, ce qui a été raconté par le passé concernant les micro-intervalles et que notre musique ne possède pas de tels intervalles est archifaux ; ceci est une conviction maintenant pour moi. Je crois que pour comprendre un peu se qui se passe dans notre musique, on devrait voir l’évolution des choses dans d’autres musiques traditionnelle et prendre ce qui est bon à prendre, c'est-à-dire ce qui semble similaire et non de chercher les réponses dans la musique occidentale. Ce qui nous intéresse dans cette dernière, c’est de prendre les outils pour l’écriture de la musique.   J’ai imaginé un instrument qui pourrait qui pourrait être d’une grande utilité dans  notre musique. Je me suis basé sur l’étude de certains instruments de l’Asie mineure et en lui imprimant un cachet algérien. Il est actuellement en cours de fabrication chez un grand luthier. Le moment voulu, je vous le présenterai et vous expliquerai toutes les données et le pourquoi du choix de ces données. Je pense que la réponse à ta question se trouve dans cet instrument. Il faut croire que je suis qu’au stade de l’exploration et donc loin des conclusions. Beaucoup de temps me reste à parcourir. Toutes mes préoccupations et mes recherches sont traduites par des applications pratiques avec mes élèves. Quand je me trompe, ça m’est arrivé de temps en temps, je leur dis que je me suis trompé et leur explique, évidemment, le processus de la réflexion. Comme, ils sont jeunes, donc avec un cerveau disponible et près à prendre beaucoup de choses, je ne suis pas dérangé, chose impossible avec les adultes. Tous les problèmes d’ambition mal placée des adultes n’existent, en fait évidemment  pas chez mes élèves.

Youssef 10/06/2007 19:33

Et de deux (ou trois avec le Zidane) ! Voilà une bonne occasion de travailler un peu sa musique.
C'est vrai que le Nahawand ne présente pas de difficultés.
Je vais m'excercer un peu avec ce samai, que nous n'avons pas trop l'habitude de pratiquer (je parle du rythme).
Merci de nous donner du travail car voilà enfin une bonne occasion pour me reposer un peu du http://yafil.free.fr

Bonne continuation

Youssef

Ps. Pour ce morceau est-ce qu'il y avait des micro-intervalles à l'origine ?

Mohamed SAADAOUI 10/06/2007 23:57



Cher ami Youssef,


Je pense que quand on est  débordé par le travail, ça ne peut que nous faire du bien, puisqu’on ne voit pas le temps passé et puis on est un
peu au dessus des problèmes  marastiques que nous vivons malgré nous dans notre musique; je parle des fausses préoccupations et tu dois comprendre ce que je veux
dire.


D’abord je me réjouis de te voir intéressé par les pièces proposées dans le blog, ça ne peut que m’encourager à aller de l’avant. Je reconnais, quant à moi,
que tu as fait un travail fabuleux dans ton site. Donner toutes ces informations et toute cette matière n’est pas à la portée de tout le monde. Dans ce bas monde, très peu de gens sont capables
de générosité spontanée. Je pense qu’il ne suffit pas de jouer de la musique pour dire qu’on est musicien. La musique c’est avant tout une culture et une forme d’expression. On peut le faire de
différentes façons.


Revenons au Sama’i Fareh Feza, c’est exactement du Nahawend sur le Sol. En fait si tu veux une gamme non tempérée, tu dois avoir bien sûr, un instrument à
touches lisses  et avoir un bon tuner chromatique gradué en cents. Le sol est au Zéro, le La à + 4, le Sib à -6, le Do à -2, le Ré à +2, le Mib à -8, le Fa à -4 et le Sol à 0 et
la boucle est bouclée. Mais je pense que tu peux faire comme pour le Nahawend sans grand risque de dénaturation. Pour ces calculs, on part du principe que le ton majeur, de 9 commas est égal à
204 cents et non 200 de la gamme tempérée, le demi ton utilisé dans ce maqam comme celui du Nahawend est un demi-ton mineur avec une valeur de 90 cents au lieu de 100 de la gamme tempérée. Quand
au demi-ton majeur, retrouvé dans l’intervalle Ré-Mib du Hidjaz, est majeur, d’une valeur de 114 cents. Si tu additionne le demi-ton mineur au demi-ton majeur, tu retrouve la valeur du ton
majeur, à savoir 204 cents. Tu vois qu’on est loin des micro-intervalles auxquels font allusion les musicologues occidentaux.  Ce n’est ni plus ni moins les bases de la gamme de
Pythagore à laquelle les musicologues ottomans ont bâti leur système musical. On voit que ces musicologues ont conservé l’originalité de la gamme. Par la suite, ces problèmes de ton
majeur, 9 commas = 204 cents = 1 demi-ton majeur + 1 demi-ton mineur ; ton mineur, 8 commas pour certains maqâms = 180 cents = 2 demi-tons mineurs ; et
2 demi tons, majeur et mineur, ont fait qu’il était difficile de transposer et surtout de faire de l’harmonie, ce qui a donné naissance à la gamme tempérée, il y’a environ 3
siècles. La gamme tempérée à été créée donc dans le but de faire de la musique verticale, c’est-à-dire l’harmonie, par contre, notre musique étant une musique monodique, horizontale, a besoin de
toutes les colorations apportées par les différents maqâms.  C’est ce que j’ai essayé d’expliquer lors de ma conférence en marge du festival international d’Alger. J’espère
avoir répondu, au moins en partie, à tes questions.


J’ai voulu ce blog, un espace de réflexion et de dialogue avec les gens intéressés à partager une expérience ou autre. J’espère pouvoir remplir ma mission pour
le service de l’art.