Ayant été un des organisateurs du festival du Malouf qui s'est déroulé à Skikda entre le 20 et le 27
juillet et qui a vu défiler un certain nombre de groupes de différents pays (Tunisie, Syrie, Turquie, Libye et Espagne), je devais forcément faire un compte rendu pour les lecteurs de mon blog.
Je n’ai pas pu le faire avant en raison d’indisponibilité, Désolé. Je vous présenterai lors du prochain article, un compte rendu avec photos de tous les groupes participants avec quelques
commentaires et espère des réactions de votre part.
Le sujet d’aujourd’hui est la présentation du maître du qanun et compositeur turc, Halil
KARADUMAN (prononcer Khalil). Le choix de commencer par ce musicien n’est sûrement pas fortuit. D’abord, parce que c'est un musicien hors normes, il a eu, par conséquent, le plus grand succès à Skikda et provoqué l’admiration de l’ensemble des musiciens présents
(algériens et étrangers), ensuite, parce que c’est mon ami et mon professeur actuel de qanun.
Halil KARADUMAN au théatre régional de Skikda
Halil KARADUMAN est né en 1959 à Urfa Birecik, au sud est de la Turquie.
Il commence la musique et l’apprentissage du qanun dès
l’âge de 5 ans auprès de son père qui est également joueur de qanun.
Halil, 3 ans , avec son père et son 1er maitre du
qanun
Après le lycée, il s’installe à Istanbul en 1977 et poursuit ses études de musique à l’université technique d’Istanbul
« Istanbul Technical University State Conservatory ».
Halil au qanun, au conservatoire, 1979
Après avoir obtenu son diplôme avec mention très bien, Il prend place dans le
monde du showbiz en tant que musicien d’abord, puis compositeur et chef d’orchestre. Il a travaillé avec de célèbres artistes tels que Zeki Müren, Bülent Ersoy, Müzeyyen Senar, İbrahim
Tatlıses, Sezen Aksu, Zülfü Livaneli.
Le célèbre chanteur turc Ibrahim TATLISES
Halil, 23 ans, au qanun, 1982
Avec la chanteuse Gonul AKKOR, en 1992,
Halil KARADUMAN au qanun
Il a, également, travaillé avec différents orchestres et musiciens à l’étranger. D’autres parts, il a formé de nombreux
musiciens à travers les master class organisés lors de ses déplacements à l’étranger pour donner des concerts.
Séance de master class de qanun, en marge du festival du Malouf à
Skikda
Du 30 Juillet au 05 août 2007, il a dirigé, à Istanbul, l' atelier
d’enseignement du qanun aux élèves étrangers déjà initiés, sanctionné par un certificat. Ont participé à ce master class des tunisiens, des koweitiens, des grecs et un algérien (votre
serviteur). Parallèlement au master de qanun, la fondation FUNDADUNDAR, organisatrice du séminaire, a organisé des ateliers pour luth, violon et ney.
Halil
KARADUMAN et Mohamed SAADAOUI, à Skikda
Pour écouter l'ensemble turc dirigé par Halil KARADUMAN
interprétant le célèbre Sama'i Shedd Araban
du célèbrissime compositeur ottoman
Tanburi Cemil Bey
(1873-1916)
au féstival du Malouf 2007 à Skikda,
cliquez sur le bouton de marche de la vidéo. Un pur bonheur.
Si la vidéo pose problème Cliquez ici.
Halil KARADUMAN a sorti, dernièrement, une méthode de qanun (livre avec DVD) dans laquelle,
certaines techniques sont abordées pour la première fois et les explications sont traduites en anglais, ce qui est également une première pour les méthodes d'instruments turcs.
Afin de mieux connaitre Halil KARADUMAN, je vous propose une de ses interviews par un journaliste turc.
Interview avec Halil KARADUMAN
par Tuncay Yalın
Traduction: Mohamed SAADAOUI
Quel est votre style de
musique?
Quelle est votre composition favorite?
Ma composition favorite est “Bahar Yoruldu” qui est une chanson
dans le maqam Segah. Les paroles ont été écrites par A. Selçuk İlkan. J’ai composé cette chanson une heure après avoir lu le texte. C’est la composition la plus rapide que j’ai realisée.
Quelles sont les conditions nécessaires à la
composition?
Le compositeur doit non seulement savoir jouer d’un instrument de
musique mais aussi connaître le folklore et la culture de sa communauté. Composer veut dire également connaître les
compositions classiques, la poésie et les formes musicales anciennes, parallèlement au fait d’être un bon musicien. Nous devons, également, faire attention aux règles
prosodiques spécifiques au langage turc, en d’autres termes, chanter avec le cachet turc que certains ne respectent pas.
Quelles sont les
caractéristiques des poèmes sur lesquels on pose une musique?
Nous ne pouvons voir chaque poème comme une chanson. Comme le proverbe dit : “ Si la prose marche, le vers
dance”. Un bon poème est lui-même porteur de structure mélodique. Le point le plus important dont il faut tenir compte est d’exprimer le message avec la manière la plus courte, la
plus facile, la plus remarquable et la plus mémorable possible.
Que pensez vous de la musique turque ancienne et récente ?
Comme dans chaque style musical, la musique turque évolue avec le mode de vie de l’époque. Il y’a 50 ans, les
habitations étaient en bois, les animaux constituaient le mode de transport, etc. Actuellement, c’est très différent, nous devons donc adapter la musique turque à la structure
sociale de la population. Les messages exprimés doivent être courts, concis et facilement mémorisables. Parfois, dans une chanson,
l’utilisation
d’un seul mot du langage courant suffit à capter le public et à transmettre un message.
Enfin, je vous propose de découvrir, Halil karaduman, chanteur. Il s'agit d'une chanson
de sa composition intitulée "Leyla" . C'est un véritable régal, je vous laisse le soin de le
confirmer.
Je compose dans le style classique et populaire et selon l’évolution de la
musique turque. Une de mes dernières compositions est « Selami Sahin’s Deli Eder » qui est une mélodie populaire turque.
Revenons aux ateliers de master class d'Istanbul de l'été 2007, le grand mater de luth Yurdal TOKCAN, en
tee-shirt blanc, en face sur la photo, a enthousiasmé ses élèves à qui il a, au moins, donné l'envie de travailler pour pouvoir espérer, un jour, devenir comme lui, pourquoi pas.
En fait, un master class d'une semaine ,à raison de 4 heures par jour, est utile surtout pour l'apprentissage d'une véritable méthode afin d'apprendre les techniques de
l'instrument, sans quoi le musicien ne peut prétendre développer un jeu d'une grande qualité. En fait, tous les exercices techniques appris doivent être répétés quotidiennement, autrement
dit, le travail doit impérativement continuer.
Atelier
de luth dirigé par l'un des meilleurs luthistes turcs, Yurdal Tokcan
Pour écouter et voir le jeu du maitre du luth
Yurdal TOKCAN interprétant un taqsim (improvisation libre) dans le maqam Saba, ouvrez la vidéo suivante.
Pour l'atelier de violon, le nombre d'élèves était de quatre seulement, un élève syrien, deux koweitiens et un turc de Belgique.Le master
Baki KEMANCI, en chemise mauve, a également épaté ses élèves par sa haute technique instrumentale.
Atelier de violon dirigé par un excellent violoniste BAKI
Kemanci
Pour écouter BAKI Kemanci et avoir une idée de sa dextérité, ouvrez la
vidéo suivante. Vous constaterez qu'il joue plutôt une technique instrumentale qu'une pièce à proprement parler. J'ai choisi celà dans le but d'expliquer aux septiques que sont la plupart
de nos musiciens traditionnels que l'apprentissage de méthode de violon ou autre ne veut nullement dire préjudice pour notre musique. Les gens qui pensent ainsi sont aussi les
mêmes qui sont contre l'ouverture, l'enrichissement et l'écriture de la musique. Vous remarquerez sur la photo que tout le monde a une partition devant les yeux. Pour
apprendre une méthode, il faut connaitre impérativement le solfège ( c'est à dire les règles de la musique qui vous permettent de communiquer en musique) pour pouvoir continuer à
travailler seul en suivant les indications portées sur les manuels d'exercices.
Par Mohamed SAADAOUI
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