Réactions et opinions sur l'orchestre national (Suite II)

Publié le par Mohamed SAADAOUI

Nous  vous présentons la suite des interventions des acteurs principaux de la musique classique algérienne pour vous livrer leurs opinions personnelles concernant l'orchestre national de musique "andalousienne". Nous vous donnons la possibilité de réagir en insérant un commentaire et vous demandons de respecter le débat et les personnes.


 

                  Intervention de Abdelouahab NEFIL
                          Vice président de la fédération nationale de musique classique algérienne






Les propos rapportés dans la presse (voir quotidien  El Watan, dans ses éditions du 25/05/2007 et du 26/06/2007) et ceux tenus à la télévision à l’émission « Liqaa » et dont Mr Guerbas en est l’auteur, m’ont profondément choqué.

 

Je commencerai par exprimer toute ma réprobation à ses déclarations que je considère prétentieuses et au demeurant osées. Car vouloir « réformer l’ensemble de cette musique », entendre par la musique classique algérienne, « andalousienne », selon le même auteur, ne peut relever que de l’utopie quand ce n’est pas du délire.

 

Ce précieux et prestigieux patrimoine, majestueux et raffiné, pour celles et ceux qui en connaissent la valeur multiséculaire, et riche par son passé et sa brillante civilisation, ne peut souffrir d’aucune altération. S’arroger le droit de bouleverser le schéma établi  et prendre la liberté de déranger l’ordre et la chronologie des morceaux de la Nouba classique, comme en  terrain conquis, le fait du prince, constitue une grave offense, d’abord à la mémoire des génies qui ont pensé et développé cette musique, et ensuite à la mémoire de nos valeureux maîtres disparus qui ont marqué notre siècle par leur abnégation, leur discrétion et leur efficacité.

 

Je signale aussi le peu d’égard et de considération à l’endroit des chantres encore en vie, traités de « djouhalas » par le même personnage, incontournables pourtant dans ce domaine et qui n’ont ménagé aucun effort pour sauvegarder et pérenniser cette magnifique musique et pour la transmettre dans toute sa plénitude et le plus fidèlement possible même à ceux qui aujourd’hui, voulant sortir de l’ombre, se livrent sans gène et de manière offensante à fragmenter une fois de plus la mémoire de nos chouyoukhs

 

Ce capital formation, mémorisé par de très nombreuses générations, appris sur la base de données historiques, certes de bouche à oreille, est devenu la fierté de tous les disciples de ces grands maîtres.

 

Nous rendons un vibrant hommage à ces hommes remarquables qui ont accompli un travail titanesque avec des moyens insignifiants comparés aux moyens qu’utilisent ces apprentis sorciers non pas pour enrichir et développer cette musique mais pour la desservir et la déstructurer.

 

Sinon, comment peut-on, un seul instant, imaginer dans une Nouba donnée introduire, jumeler ou carrément mélanger, même avec la manière la plus judicieuse possible, des morceaux de couleurs et de tempéraments différents.

 

Si des points communs existent entre les écoles de Tlemcen et d’Alger (écoles, styles, genres ne sont pas mon propos pour le moment) par contre avec l’école de Constantine la différence est de taille, notamment sur le plan mélodique et rythmique. En musique, cette mixture est appelée, par extension, une cacophonie, et par dérision, une « thekchouka » autant insipide qu’indigeste.

 

Chaque école possède sa spécificité et ses règles. Elle a aussi ses références en lesquelles elle s’identifie. Les musiciens ont aussi leur sensibilité. Ils ne vibrent pas de la même manière et réagissent différemment selon qu’ils interprètent un morceau Gharnati, Malouf ou Çan’a. Le musicien ne rend que ce qu’il ressent.

 

Mais au fait, qu’à-t-elle cette musique de laid pour qu’on veuille, à tout prix, lui faire faire un lifting ? La nouba Zidane n’a-t-elle pas inspirée Camille Saint-Seans ?

 

Le charme de cette musique est dans ses rides.

Sa beauté est dans son originalité.

Sa force est dans son authenticité.

Sa grâce est dans ses mouvements.

C’est tout cela sa magie et son génie.

 

Alors de grâce, Mr l’innovateur, la réincarnation d’El Moussili ou de Ziryab n’est ni pour aujourd’hui ni pour demain.

 

Si jusqu’à présent, les nombreux fossoyeurs de cette musique ont échoué dans leurs sombres desseins, c’est parce qu’ils avaient en face d’eux des personnes qui s’y sont opposées fermement en édifiant un rempart grâce à leur passion pour cet art, à leur inlassable travail, à leur bénévolat surtout, créant de nouvelles associations, formant des milliers d’élèves devenus de grands chanteurs et/ou musiciens qui occupent, aujourd’hui, le devant de la scène et ce au mépris de tous les obstacles et blocages qui auraient découragé les plus entêtés des volontaires.

 

L’engagement sans faille de ces militants de l’art a été payé en retour et les résultats obtenus sont plus qu’édifiants dans la mesure où la fédération nationale des associations de musique classique algérienne, créée en Avril 2006 et qui attend, sans désespérer son agrément, compte en son sein près de soixante (60) associations de musique classique algérienne réparties à travers tout le territoire national et grâce auxquelles cette musique est enseignée dans les villes les plus reculées du pays. De nombreuses manifestations, concerts et débats sont aussi organisés, à l’initiative de ces même associations,  drainant un nombreux public venu découvrir un pan de son patrimoine culturel jusque là occulté. N’est-ce pas là un bilan bien positif à mettre à l’actif du mouvement associatif, serviteur de la culture et porteur d’espoir ?

 

Aujourd’hui, nous voilà face à une nouvelle menace, celle-là plus insidieuse et plus sournoise dans la mesure où elle s’attaque à la substance même de cette musique et par conséquent participe à sa dénaturation.

 

« Faire des recherches qui tendent à dégager cette musique des habitudes des raideurs et des replis sur soi… », selon le même auteur, est une remise en cause des acquis et de la formation de toutes les générations.

 

Pour sauver cet héritage des agressions de toutes sortes et d’où qu’elles viennent, nous devons défendre crânement  le principe de l’inaltérabilité de cette merveilleuse musique et de rejeter toutes autres formes d’interprétations basées sur l’innovation et la destruction de la Nouba traditionnelle même si ce projet insensé est entrepris avec la bienveillante assistance du secteur chargé, pourtant, de la protection de ce patrimoine au même titre que les vestiges historiques qui doivent être entretenu et conservées en l’état car ils constituent un fidèle témoignage de brillantes et grandes civilisations.

 


 
Abdelouahab NEFIL
                         



 

 

Intervention de Brahim BENLADJREB

Ancien élève et professeur à El Djazairia-El Mossilia,

Professeur à EL GHARNATIA durant presque un quart de siècle

 enfin professeur à El Fen El Acil.

 




A
Mme la Ministre de la Culture,
Mr le Directeur Général de l'ONDA,
Mr le Directeur de l'INM,
Mr le Président du Conseil Algérien de la Musique,

 Mr le Président de la Fédération Nationale des Associations de musique  classique algérienne,
 Algériens, Algériennes,

 

           

Après plus de quarante années de carrière en musique classique Algérienne, voilà qu'aujourd'hui, je ne me retrouve plus en découvrant une nouvelle version de cette musique inventée par l'Orchestre National en englobant les trois écoles.

 

Je lance un appel à chacun en ce qui le concerne, afin de stopper ce qui se fait actuellement avec cet orchestre, pour la manière dont s'exécute notre prestigieux patrimoine de musique classique algérienne, en commençant par l'ONDA qui est le premier responsable pour le travail accompli par des maîtres tels que si Med KHAZNADJI, Hamidou DJAIDIR, MESSEKDJI et tant d'autres pour ce qui concerne l'authenticité et la sauvegarde des œuvres conservés au niveau de cette institution, et je me pose la question: est-ce que ces œuvres sont à jeter à la mer depuis l'invasion des années 2000?

 

Si ce même orchestre tente l'expérience avec la musique classique européenne en ajoutant à la neuvième symphonie de Beethoven un morceau de Mozart ou de Chopin, quelle aura été la réaction des détenteurs ?

   

Nos maîtres de l'école de Tlemcen, d'Alger et de Constantine, ont conservé cet art ancestral depuis des siècle ou, au moins de Cheikh MENEMECHE et Cheikh SFINDJA à nos jours, tout en respectant les trois écoles. Les associations ont aussi sauvegardé précieusement et jalousement cet art, même si actuellement elles commencent à se disperser à cause de certains agissements.

 

Personnellement, je suis un amoureux du Malouf et du Gharnati même si j'appartiens à l'école d'Alger, j'avoue ne pas être en mesure d'exécuter convenablement un morceau du malouf à la place d'un constantinois de crainte qu'il ne m'arrive ce qui est arrivé au corbeau lorsqu'il a voulu imiter la démarche de la perdrix. Je le dis sereinement et sans aucune honte.

 

Je vous avoue aussi, que je préfère voir et admirer une tlemcenienne habillée en Kaftan tlemcenien, une constantinoise en djebba constantinoise, une algéroise en karakou algérois et même une femme du sud habillée en mel'hefa. Je vois mal, une seule de ces trois femmes habillée avec un costume englobant toutes ces différentes régions. Laissons notre richesse se promouvoir!

 

Il est plus judicieux de créer un orchestre national pour chacune des trois écoles. Chacun aura la tache et la possibilité de mieux sauvegarder ses noubas avec leur authenticité et leur spécificité.

    

Réveilles toi Menemeche,

 Réveilles toi Sfindja,

 Réveilles toi Yamna

et constatez se qui se passe de nos jours.

 

Avec la permission de mes maîtres,

je chanterai : " Ya asafi 'ala ma yadjra"    au lieu de " Ya asafi 'ala ma madha"

                                                 

 

Brahim BENLADJREB

 

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Nassila 27/05/2009 18:12

salµt a vOus grand maitre et prOtecteur de la musique andalOussienne
TOut d'abOrd merci à VOus d'avOir enrechi nOtre savOir en musique andalouse et d'avOir élabOrer tOus vOs prOjets pour le simple et pure Objectif **faire aimer & bien transmettre notre partimoine
perso, je vOus en suis recOnnaissante .


Et je crOis vOus avOire vue sur le bLog d'Andaloussi.....nOn????
bref ben bOn cOurage à vOs et a vOs eleves (etudes et musique bien sur)

salµt


ps: vOtre CD est super

cd vierges 07/03/2009 16:03

Vraiment intéressant!
merci

Last night in Orient 04/01/2009 21:37

je te souhaite mes meilleurs vœux pour 2009 !

Last Night in Orient 22/09/2008 08:24

Je te remercie, je reviendrai dans quelque temps si un internaute qui passera sur ta page puisse m'aider !

Belle journée, cher ami !

Last Night in Orient 17/09/2008 20:09

Bonjour Mohammed, je sais que message est hors sujet par rapport à la spécificité de cet article très intéressant. Je suis sur une quête sur la chanson intitulée "Ma Yafou Dadaich" que l'on retrouve aussi dans l'album Ashkelon. Je l'ai entendue au Maroc. Cette chanson est-elle typiquement marocaine ou du répertoire des musiciens juifs ?

Je suis certains que quelqu'un pourra me répondre à partir de ton blog.

Il me faudrait un maximum d'information sur ce titre que j'ai déjà entendu chanter par des chanteurs judéo-marocains comme Zrihan, mais bien d'autres chanteurs.

De forums en forums personne ne peut me dire quoi...

Mohamed SAADAOUI 20/09/2008 12:37



Cher ami, je suis désolé mais je n'ai aucune information à ce sujet.

Mohamed