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Je vous propose un petit compte rendu des master class qui se sont déroulés à Istanbul, à
200 mètres du palais ottoman (Topkapi), du 29 juillet au 05 août 2007. Il y'avait quatre ateliers pour différents instruments dirigé chacun par un maître de réputation dans le domaine de la
musique turque.
Le premier atelier, celui du qanun, était dirigé par l'un des plus grands qanundji
au monde, Halil KARADUMAN, que le public de Skikda a eu le grand plaisir et le grand prévilège de le découvrir, à l'occasion du festival international du Malouf. Il faut dire que son concert
était de loin le meilleur. Beaucoup de gens ne pensaient pas qu'on pouvait jouer au qanun de façon aussi extraordinaire; parce qu'en plus de la grande dextérité et la grande célérité, il
joue avec les 10 doigts intégrant dans son jeu des techniques de la harpe en produisant des arpèges et des glissandi à ne pas croire ses oreilles, de la guitare classique en jouant carrément
des accords, du luth en exécutant des trémolo avec une seule main. Enfin, je vous laisse le soin de découvrir la vidéo que j'ai spécialement sélectionné pour mettre en relief toutes ces
techniques.
Pour ne pas trop
m'encombrer et de m'éviter de porter mon qanun jusqu'à Istanbul, Halil Karaduman, à droite sur la photo ci-dessus, m'a prété un de ses qanuns.
Les séances de master class étaient biquotidiennes, à raison de 2 heures 30 chacune, soit 5 heures d'exercices par
jour pendant 6 jours, soit un total de 30 heures. Le coût de la prise en charge totale (hôtel 3 étoiles en demi pension et master class) était de 463 euros par personne.
Au cours des séances, on apprenait différents exercices pour arriver à jouer l'essentiel des techniques du jeu du qanun tel que joué par les turcs. Il est évident, qu'en se donnant à fond au
cours de ces séances, on est épuisé à la fin surtout les gens qui n'avait pas de conditions suffisantes. C'est exactement comme le sport de performance. Il faut jouer tous les jours environ 6
heures par jour et 2 fois par jour. C'est à dire qu'il faut continuellement répéter les exercices de mécanisme, sans quoi on ne pourra jamais jouer certaines techniques. Il est vrai que
l'instrument est beau, son son ensorcelant mais il demande un travail quotidien et régulier et ceci juste pour entretenir son talent une fois certaines techniques acquises. Mais le résultat
dédommagera largement tous les efforts et les sacrifices consentis.
Apprécier Halil KARADUMAN et son ensemble
dans une longa du mode Sultani Yegha
Certains élèves de l'atelier de qanun; une turque, deux grecs, un
kowetien,
un tunisien (dont on ne voit que les doigts)
Le reste de l'équipe, une tunisienne, une
kowétienne
Photo souvenir avec deux monstres sacrés du qanun,
à gauche Goksel BAKTAGIR que je vous propose de découvrir.
Goksel BAKTAGIR visitant notre atelier et nous envoutant
avec quelques pièces de sa composition.
Photo souvenir avec mes camarades d'apprentissage
Avec mon désormais ami grec Hrustos
Celui que je tiens est mon copain de
chambre, turc vivant en Belgique et venant au master de violon; celui d'en face est un qanundji professant à la radio télévision turque.
Nous sommes sur un bateau traversant le Bosphore, pour passer une soirée inoubliable avec l'ensemble des élèves et certains des masters. Nous avons eu droit, en plus du dîner et de la
balade, à une soirée musicale animée par Halil KARADUMAN et quelques musiciens professionnels.
Avec Halil KARADUMAN lors de notre traversée du
Bosphore.
L'orchestre de Halil au cours de la
soirée sur le bateau.
C'est une soirée dans un restaurant spécialisé dans le Fasil
(musique classique ottomane), en fait la dernière soirée où Halil et son ensemble nous ont gratifié de quelques Fasil. A la fin, il y'a eu remise des certificats de participation pour l'ensemble
des élèves.
Au même restaurant avec les élèves.
Remise du certificat de participation par Halil
KARADUMAN
et l'organisatrice des master class Funda DUNDAR.
Une autre soirée dans un quartier touristique.
A côté de moi Funda, la manager de Halil
et l'organisatrice des master class.
Même lieu, même soirée;
on peut voir l'ensembles des participants le long de cette table.
Même lieu, même soirée;
Halil KARADUMAN jouant avec un qanun d'un musicien ambulant.
L'atelier du violon, dirigé par le talentueux Baki KEMANCI, violoniste de grand père en petit fils, comprenait 4
élèves (2 kowétiens, un turc mon copain de chambre et un syrien).
Une photo de l'atelier en question
Je vous propose de découvrir Baki Kemanci
N'oubliez pas de me dire ce que vous
pensez!
Le master Baki entouré de ses élèves pour une
photo souvenir
L'atelier de luth était dirigé par le master Yordal TOKCA. Cet
atelier était dominé par des élèves tunisiens, en plus d'un syrien et de deux kowétiens.
EcoutezYordal TOKCAN et
appreciez
Des élèves luthistes en aparté au camp, le soir.
Photo souvenir la veille du départ avec l'ensemble des élèves, Halil KARADUMAN et
Funda DUNDAR.
L'ensemble El Anasser a produit un double Album édité par Belda-Diffusion et mis sur le marché depuis début Août 2007. Une première
expérience pour un groupe dont la moyenne d'âge est de 16-17 ans. Le but de l'enregistrement est non seulement pour faire connaître le travail du groupe mais également pour motiver les élèves
musiciens à se surpasser pour pouvoir progresser et améliorer leurs qualités techniques.
Le programme, présenté dans les deux volumes de notre double album, « voyage », reflète notre vision de l’enseignement de la musique.
Nous croyons fermement que l’ouverture enrichie. Le volume I est purement instrumental dans lequel les mélomanes peuvent goûter et découvrir des pièces classiques turques très prisées dans le
monde arabe et au Maghreb. Enfin un beshraf Zidane du répertoire du Malouf constantinois exécuté dans le même esprit et dans le même système musical que les pièces turques. Dans le volume II on
présente un montage musical faisant appel au mariage de musiques classiques connues au Maghreb et au moyen orient de façon à permettre aux mélomanes de faire un voyage à travers certains pays
comme la Tunisie, la Syrie, la Turquie pour revenir, enfin, à Alger en passant par Constantine; d'où le titre voyage donné à notre album. Nous espérons que ce programme, qui a connu un franc
succès à Constantine, trouvera un réel plaisir d’écoute parmi un grand nombre de mélomanes.
Nous souhaiterions connaître votre avis sur le travail présenté en écoutant quelques titres que nous mettons gracieusement à votre disposition. Il est évident
que nous serions très heureux si vous achetiez nos CDs.
Programme du volume I
1. Beshraf Nahawend (Composition:Husayin Sadettin Arel);
2. Sama’i Nahawend (Composition:Erzurumlu Hasib DEDE);
3. Sama’i Ferahfeza (Composition:Sherif Muhiddin TARGAN);
4. Sama’i Hidjaz kar kurdi ( Composition:Kemani TATYOS);
5. Sama’i Nawa Ather (Composition:Youssef PASHA);
6. Istikhbar Zidane Malouf (improvisation), par Racim SAADAOUI ;
7. Beshraf Zidane Malouf (patrimoine classique algérien).
Essayons d'oublier nos soucis quotidiens en savourant ce majestueux Beshraf Zidane.
Programme du Volume II
1. Beshraf Asba’ine / Al Boulboul Nagha, par Selma SAADAOUI ;
2.Taqsim Hidjaz, par Mohamed SAADAOUI ;
3. Sama’i Hidjaz / Ya Bahi Al Djamal, par Madjda BENCHARIF ;
4. Muwashshah Hidjaz : Mour Ettadjanni ;
5. Derdj Zidane Malouf : Bou’d Eddiyar ;
6. Derdj Zidane çan’a 1: El Hawa Del El Oussoud, par Mohamed SAADAOUI.
7. Derdj Zidane çan’a 2 : Mata Nastarihou, par Abderaouf BENCHARIF ;
8.Insiraf Zidane : Touwayyari Mesrar, par Farah Azaizia et Mohamed SAADAOUI;
9.Khlas Zidane 1 : Hadithou ‘ichqi ;
10. Khlas Zidane 2 : Amshi Ya Rassoul
La vie professionnelle de tout artiste repose sur des principes fondamentaux qui garantissent sa
réussite. Le respect d’autrui et le respect de son art sont les bases de sa gloire.
Ceci dit, l’artiste doit refléter l’image de sa société. Il doit tenir sous contrôle sa conduite et son langage. N’a-t-on pas dit : « que la musique adoucit les
mœurs » ?
N’ayant aucune prétention, et me passant de toute polémique, il est de mon devoir de donner mon point de vue sur ceux qui tournent autour de l’orchestre national de musique
andalouse.
A mon sens, ce débat a été, déjà, ouvert il y a bien longtemps ; mais aujourd’hui, il a pris une autre tournure du fait que le chef de cet orchestre national se permet, en toute
quiétude, d’utiliser, devant des millions de téléspectateurs et à un moment de grande écoute, des termes insultants envers ceux qui lui ont transmis le savoir, ceux qui lui ont permis de
former son orchestre avec leurs musiciens et ceux qui l’ont soutenu à un moment donné.
Me sentant doublement concerné, je me permets de donner un avis sur les propos indélicats avancés par ce chef d’orchestre. Reprenant des propos dits ( ?) par le regretté Si Mohamed
Bahar, ce chef d’orchestre saisit l’opportunité pour régler les comptes de certains qui semblent le gêner dans sa tâche. Connaissant personnellement Si Mohamed Bahar, et ne voulant pas que
sa mémoire soit salie par des propos qui ne peuvent pas être les siens, je ne peux taire ce sentiment amer que j’éprouve. Voilà ce qui a été dit au nom de Si Mohamed Bahar :
« cette musique a été faite par des savants et aujourd’hui elle se trouve entre les mains d’ignorants ». Je ne peux, alors, que
dire: « ach yaamel el miyets fi yadi gheçalou ».
Utiliser le nom d’un mort pour régler les comptes des vivants me paraît un geste plutôt lâche.
Par ailleurs, lors d'une intervention radio, il ose déclarer ceci : « la caravane passe et les chiens aboient, bien que j'ai du respect pour mes
chiens ». Se taire devant de tels propos relève de la faiblesse ou de la complicité.
Ces propos insultants ne peuvent,
en aucun cas, laisser indifférents ceux qui ont sacrifié leur vie pour préserver ce patrimoine et le transmettre aux générations futures. Ces gens réagissent et vous disent tout
simplement :
« Après la gloire et l’argent il y a ce qui reste de l’éducation d’un homme ».
« La fin ne justifie pas les moyens lorsqu’il s’agit de conduite ».
« li tgha yanzel wa li tkayed yanaâzel ».
« Le plus dur sera la chute ».
« El sakia ma taâned bahra toufen ».
Par devoir de mémoire, je rappelle à ce chef d’orchestre que j’ai fait partie de son groupe et je l’ai aidé lorsqu’il avait, vraiment, besoin de mes services.
Dix jours ont suffi pour me rendre à l’évidence et me pousser à me retirer de cette aventure qui, à mon avis, n’avait que peu de chance d’atteindre son objectif.
L’idée de création d’un orchestre national est noble et délicate. Elle a été prise à la légère puisqu’elle ne reposait sur aucun cahier des charges, ni sur un cadre juridique ou
administratif, ni sur une concertation avec les chouyoukhs qui ont leur point de vue lorsqu’il s’agit de patrimoine national. Le résultat est là pour en témoigner.
Je remercie ce jeune chef d’orchestre pour nous avoir rappelé que notre musique a été faite par des savants « ‘amlouha el oulama ». Pour notre part, nous lui
rappelons que cette musique nous a été transmise par des professionnels, des artisans, des coiffeurs etc.… Ces maîtres ne comptaient que sur leur mémoire pour sauvegarder ce legs et le
transmettre aux générations futures. Ils n’ont jamais insulté personne ni prétendu être les meilleurs. Ils savaient que : « ma tsantikou el awani ila bima
sakene ». Et : « li dekhel lel hamam la boud yaareq ». Et : « li darbatou yadou ma yebki wa ida baka yakhfi
saoutou ».
Quant à la suite de ses propos : « aujourd’hui elle est entre les mains d’ignorants » ou « el youm rahi bin yadine el djouhala ». Je pense
que notre "docteur en musicologie" doit revoir ses propos car le terme djouhala ne peut pas s’appliquer à des Maîtres qui pratiquent un art plus que millénaire, écrit en langue
arabe, et qui connaissent parfaitement leur patrimoine. Donc ce terme djouhala est mal approprié et impropre à la musique. Un terme respectueux semble plus
adéquat.
La suite des propos est plus amusante : « la caravane passe et les chiens aboient ». Nous pensons que ce dicton du moyen âge ne s’applique pas aux associations,
véritables écoles d’éducation musicale, qui ont porté le flambeau depuis le recouvrement de la liberté et de la souveraineté nationale. Prendre des responsabilités c’est accepter la
critique. N’a-t-on pas dit que "dkhoul el hamam ma chi ki khroujou ".
Défendre le patrimoine national ne suppose pas se faire des ennemis. Au contraire, c’est porter un intérêt particulier à la propriété collective et à la mémoire ancestrale. Ce legs n’a
jamais été la propriété privée de quiconque, et ne pourra jamais être pris en otage pour une raison ou une autre par un ou plusieurs individus. Quant il s’agit de mémoire nous devons
réagir sagement et sereinement contre toute idée non réfléchie qui risque d’ouvrir une brèche pour une dénaturation de ce patrimoine immatériel.
Est-ce que : « en Europe un chef d’orchestre peut interpréter une symphonie de Beethoven mixée à un concerto de Mozart et à en faire une seule
œuvre »? NON !
Est-ce que : « en France on autorise les musiciens à faire des retouches à la musique médiévale ou à la musique baroque ou aux compositions classiques
universelles » ? NON !
Est-ce que : « en Europe on autorise un mélange de pièces classiques à des pièces contemporaines présentées en même temps » ?
NON !
Reconnaissez vos fautes et remettez vous en cause. L’histoire ne vous pardonnera jamais vos dépassements. A moins que vous appliquiez le dicton qui dit : « khalef
tou’araf ».
Voilà ce que vous avez présenté dans plusieurs villes d’Algérie et à l’Etranger comme programme :
- Nouba dans le mode Dhil. (à titre d’exemple ).
Metchalia Tlemcennienne qui manque de vitalité et qui semble s’apparenter à un hymne funèbre.
Touchia dhil tlemcennienne mixée à un bashraf raml maya constantinois qui n’ont aucune affinité ni sur le plan de la structure, ni sur le plan de l’appellation ni sur le plan du mode ni sur le plan du rythme ni sur le plan esthétique. L’orchestration était dominée par une flûte constantinoise omniprésente et des violons aux coups d’archets spécifiques au malouf qui ne laissaient aucune chance aux autres instruments d’émerger.
M’cedder dhil tlemcennien : « achfiki fi el houbi » dont l’interprétation du refrain était incomplète. Ce chef d’orchestre s’est permis le luxe de la restaurer à sa manière sans s’inquiéter de son authenticité. Cette pièce musicale est complète et n’a pas à être retouchée. L’honnêteté intellectuelle ne permet pas ce genre de nuisance. Même si le chef d’orchestre a veillé sur le rythme « kacid » le tempo était loin d’être juste. Quant à l’interprétation, elle était toujours dominée par la technique instrumentale constantinoise qui est totalement différente de celle de Tlemcen et celle d’Alger.
Derdj constantinois dans le mode Maya:"Nourou essabah" dominé bien entendu par les musiciens constantinois dans
l’instrumental et le vocal.
Le koursi du derdj est composé par le chef d’orchestre, pièce nouvelle insérée dans une composition ancienne et qui n’à aucun rapport avec la structure des interludes connus à
Tlemcen, à Alger et à Constantine.
Le derdj tlemcennien « saha el balabil » deuxième partie du derdj « faha el banefcedj ». Ce derdj est purement du mode « rasd el dil » et n’a pas à se trouver dans la nouba dhil.
En résumé la nouba dhil présentée par cet orchestre est un ensemble de pièces musicales qui passent du mode dhil, au mode « reml maya », au mode « maya », à une composition personnelle du chef, au mode « rasd dhil », et revient au mode « dhil »etc.
Voilà le réel de ce travail et ce mélange qui ne réjouit personne. Cela n’a jamais fait l’objet d’une quelconque expérience dans aucun pays du Maghreb. La première se fait en Algérie en défiant l’histoire, la nomenclature des modes, la nomenclature des rythmes, les maîtres et en défiant notre culture. Bravo !
C’est du jamais connu dans l’histoire de la nouba maghrébine. Cette nouvelle vision de la nouba du vingt et unième siècle qui sait ? Peut être qu’elle nous portera chance à l’avenir ?
Cette modeste analyse n’est ni le produit d’une quelconque haine ni un geste de prétention ni un règlement de compte mais une simple et
modeste mise au point pleine de sagesse et de respect, qui éclaire celui qui pense détenir la vérité en narguant tout le monde au nom de sa connaissance musicale universelle. « Si
la langue enrobait un os, la bouche aurait perdu ses dents ».
L’amour que je porte à ce patrimoine ne me laisse pas indifférent. Je souhaite à tous ceux qui perpétuent
cette mémoire du courage. Je leur dois beaucoup de respect et d’égard.
« Allah yarham men ‘alamana ».
Tant qu’il y a la raison, il y a le pardon. L’être humain est fragile, il fait des fautes, certes, mais il doit se remettre en cause et respecter autrui.
Notre Pays a payé cher son indépendance. La culture nationale a besoin de protecteurs. Soyez de ceux là! Merci!
Salah BOUKLI HACENE
L’ensemble national de musique classique algérienne :
Esprit de la sanaa et respect de la diversité
A Tlemcen l’ensemble national de musique classique
algérienne qui poursuit sa série de grands concerts inaugurée il y a une année n’a pu se faire consacrer par le public. Dans une salle de la maison de la culture aux trois
quart vide l’ambiance était jeudi passé pas trop enthousiaste. Rachid Guerbas le chef d’orchestre a les raisons d’être déçu n’ayant pu pour la troisième fois
conquérir le grand public de cette vieille cité musicale.
Ce public tlemcenien que les connaisseurs savent très sensible à
l’art musical andalou a eu peut être d’autres raisons de bouder. Ce n’est sans doute ni la comédie administrative parfaitement incorrecte prise pour faire tomber, voilà aujourd’hui
cinq ans, le voile définitif sur son prestigieux festival national de la musique andalouse, ni l’appel désespéré lancé par les hommes de l’art et de la culture pour son retour, ni le climat très
peu favorable à la culture qui existe dans cette ville et cela, en l’absence de moyens d’aide et d’encouragement, ne justifient totalement les motifs de cette désaffection. D’autres
motifs visant l’orchestre et s’est surtout son expérience novatrice dans ce secteur où la tradition est souveraine sont sans doute à l’origine de cette
rupture.
Tlemcen cette vieille capitale culturelle , ce
bastion fort de la musique andalouse , est certes réputée pour son conservatisme et, l’avis critique des connaisseurs sur l’ensemble national s’aiguise sur des problèmes de fond portant
sur la manière de protéger le patrimoine et sa mise en valeur. La mission de cet ensemble réside, selon les adeptes de la tradition, dans l’exécution de la nouba en respect de ses
valeurs telles héritées des maîtres. La gageure de Rachid Guerbas est d’alterner dans une sorte de variété des morceaux puisés d’une même nouba ou mode, moitié de la sanaa
d’Alger, moitié de Tlemcen et de Constantine .Cette expérience selon ces tenants, sacrifie à l’esprit sublime de la sanaa, ses règles et à la structure de ses différents actes enfin, ses
valeurs musicales qui se sont affinées, résultat d’un compromis avec la sensibilité et la culture propres à chacune des trois écoles.
Ce legs poético artistique séculaire est
imaginable qu’à travers une unité de chant et de rythme de la nouba.’’ La mission de l’orchestre national n’est pas de réformer mais est de mettre en valeur le
patrimoine dans sa diversité’’, explique un autre musicien, qui ajoute : ‘’La richesse de ce patrimoine revient essentiellement à cette multiplicité de styles où l’art est renouvelé avec
délicatesse et pureté, par de belles hardiesses ‘’.’’Impliquer la diversité des trois écoles dans une même nouba s’est rompre, insiste-t-il , avec les conventions anciennes qui
font de la sanaa une œuvre complète,équilibrée et surtout, en symbiose parfaite avec le microcosme culturel qui l’a produit et façonné’’.
La tentation novatrice
ne peut pas sacrifier à l’unité d’une même nouba relevant de microcosmes musicaux différents certaines plus proches que d’autres, les unes plus anciennes et d’autres
plus tardives. Chaque école possède le secret de fines nuances de cet art comme il existe un idéal d’exactitude dont il faut garder le sentiment. L’ expérience de l’orchestre national ouvre
le champ à un débat qui a existé déjà comme du temps de Yafil ancien directeur du conservatoire et de tous ceux qui ont allégé cette musique en dissociant celle-ci de l’héritage de
ses traditions complexes, formelles et expressives. Le danger de la perte de cet art réside certes dans la simplification qui risque de dénaturer l’essentiel de sa matière historique et
patrimoniale.
Le contenu expressif de cette musique est également aussi au cœur d’un autre débat qui existe aujourd’hui et qui a certes besoin d’exister sans
exclusion. L’avis de nombreux musiciens l’orchestre en question qui est en soi devenu l’école nationale, doit puiser ses ressources dans ce qui est transcendantal dans le legs
des maîtres qui ont appartenu sans contexte à la classe des virtuoses, les maîtres qui ont eu fortune d’incarner le génie algérien de cette musique dans sa
diversité.
El hassar Bénali
Nous vous présentons la suite des interventions des acteurs principaux de la musique classique algérienne pour vous livrer leurs
opinions personnelles concernant l'orchestre national de musique "andalousienne". Nous vous donnons la possibilité de réagir en insérant un commentaire et vous demandons de respecter le
débat et les personnes.
Les propos rapportés dans la presse (voir quotidien El Watan, dans ses éditions du 25/05/2007 et du
26/06/2007) et ceux tenus à la télévision à l’émission « Liqaa » et dont Mr Guerbas en est l’auteur, m’ont profondément choqué.
Je commencerai par exprimer toute ma réprobation à ses déclarations que je considère prétentieuses et au demeurant osées. Car vouloir « réformer l’ensemble de cette musique », entendre par la musique classique algérienne, « andalousienne », selon le même auteur, ne peut relever que de l’utopie quand ce n’est pas du délire.
Ce précieux et prestigieux patrimoine, majestueux et raffiné, pour celles et ceux qui en connaissent la valeur multiséculaire, et riche par son passé et sa brillante civilisation, ne peut souffrir d’aucune altération. S’arroger le droit de bouleverser le schéma établi et prendre la liberté de déranger l’ordre et la chronologie des morceaux de la Nouba classique, comme en terrain conquis, le fait du prince, constitue une grave offense, d’abord à la mémoire des génies qui ont pensé et développé cette musique, et ensuite à la mémoire de nos valeureux maîtres disparus qui ont marqué notre siècle par leur abnégation, leur discrétion et leur efficacité.
Je signale aussi le peu d’égard et de considération à l’endroit des chantres encore en vie, traités de « djouhalas » par le même personnage, incontournables pourtant dans ce domaine et qui n’ont ménagé aucun effort pour sauvegarder et pérenniser cette magnifique musique et pour la transmettre dans toute sa plénitude et le plus fidèlement possible même à ceux qui aujourd’hui, voulant sortir de l’ombre, se livrent sans gène et de manière offensante à fragmenter une fois de plus la mémoire de nos chouyoukhs
Ce capital formation, mémorisé par de très nombreuses générations, appris sur la base de données historiques, certes de bouche à oreille, est devenu la fierté de tous les disciples de ces grands maîtres.
Nous rendons un vibrant hommage à ces hommes remarquables qui ont accompli un travail titanesque avec des moyens insignifiants comparés aux moyens qu’utilisent ces apprentis sorciers non pas pour enrichir et développer cette musique mais pour la desservir et la déstructurer.
Sinon, comment peut-on, un seul instant, imaginer dans une Nouba donnée introduire, jumeler ou carrément mélanger, même avec la manière la plus judicieuse possible, des morceaux de couleurs et de tempéraments différents.
Si des points communs existent entre les écoles de Tlemcen et d’Alger (écoles, styles, genres ne sont pas mon propos pour le moment) par contre avec l’école de Constantine la différence est de taille, notamment sur le plan mélodique et rythmique. En musique, cette mixture est appelée, par extension, une cacophonie, et par dérision, une « thekchouka » autant insipide qu’indigeste.
Chaque école possède sa spécificité et ses règles. Elle a aussi ses références en lesquelles elle s’identifie. Les musiciens ont aussi leur sensibilité. Ils ne vibrent pas de la même manière et réagissent différemment selon qu’ils interprètent un morceau Gharnati, Malouf ou Çan’a. Le musicien ne rend que ce qu’il ressent.
Mais au fait, qu’à-t-elle cette musique de laid pour qu’on veuille, à tout prix, lui faire faire un lifting ? La nouba Zidane n’a-t-elle pas inspirée Camille Saint-Seans ?
Le charme de cette musique est dans ses rides.
Sa beauté est dans son originalité.
Sa force est dans son authenticité.
Sa grâce est dans ses mouvements.
C’est tout cela sa magie et son génie.
Alors de grâce, Mr l’innovateur, la réincarnation d’El Moussili ou de Ziryab n’est ni pour aujourd’hui ni pour demain.
Si jusqu’à présent, les nombreux fossoyeurs de cette musique ont échoué dans leurs sombres desseins, c’est parce qu’ils avaient en face d’eux des personnes qui s’y sont opposées fermement en édifiant un rempart grâce à leur passion pour cet art, à leur inlassable travail, à leur bénévolat surtout, créant de nouvelles associations, formant des milliers d’élèves devenus de grands chanteurs et/ou musiciens qui occupent, aujourd’hui, le devant de la scène et ce au mépris de tous les obstacles et blocages qui auraient découragé les plus entêtés des volontaires.
L’engagement sans faille de ces militants de l’art a été payé en retour et les résultats obtenus sont plus qu’édifiants dans la mesure où la fédération nationale des associations de musique classique algérienne, créée en Avril 2006 et qui attend, sans désespérer son agrément, compte en son sein près de soixante (60) associations de musique classique algérienne réparties à travers tout le territoire national et grâce auxquelles cette musique est enseignée dans les villes les plus reculées du pays. De nombreuses manifestations, concerts et débats sont aussi organisés, à l’initiative de ces même associations, drainant un nombreux public venu découvrir un pan de son patrimoine culturel jusque là occulté. N’est-ce pas là un bilan bien positif à mettre à l’actif du mouvement associatif, serviteur de la culture et porteur d’espoir ?
Aujourd’hui, nous voilà face à une nouvelle menace, celle-là plus insidieuse et plus sournoise dans la mesure où elle s’attaque à la substance même de cette musique et par conséquent participe à sa dénaturation.
« Faire des recherches qui tendent à dégager cette musique des habitudes des raideurs et des replis sur soi… », selon le même auteur, est une remise en cause des acquis et de la formation de toutes les générations.
Pour sauver cet héritage des agressions de toutes sortes et d’où qu’elles viennent, nous devons défendre crânement le principe de l’inaltérabilité de cette merveilleuse musique et de rejeter toutes autres formes d’interprétations basées sur l’innovation et la destruction de la Nouba traditionnelle même si ce projet insensé est entrepris avec la bienveillante assistance du secteur chargé, pourtant, de la protection de ce patrimoine au même titre que les vestiges historiques qui doivent être entretenu et conservées en l’état car ils constituent un fidèle témoignage de brillantes et grandes civilisations.
Abdelouahab NEFIL
Intervention de Brahim BENLADJREB
Ancien élève et professeur à El Djazairia-El Mossilia,
Professeur à EL GHARNATIA durant presque un quart de siècle
enfin professeur à El Fen El Acil.
A
Mme la Ministre de la Culture,
Mr le Directeur Général de l'ONDA,
Mr le
Directeur de l'INM,
Mr le Président du
Conseil Algérien de la Musique,
Mr le Président de la Fédération Nationale des Associations de
musique classique algérienne,
Algériens, Algériennes,
Après plus de quarante années de carrière en musique classique Algérienne, voilà qu'aujourd'hui, je ne me retrouve plus en découvrant une nouvelle version de cette musique inventée par l'Orchestre National en englobant les trois écoles.
Je lance un appel à chacun en ce qui le concerne, afin de stopper ce qui se fait actuellement avec cet orchestre, pour la manière dont s'exécute notre prestigieux patrimoine de musique classique algérienne, en commençant par l'ONDA qui est le premier responsable pour le travail accompli par des maîtres tels que si Med KHAZNADJI, Hamidou DJAIDIR, MESSEKDJI et tant d'autres pour ce qui concerne l'authenticité et la sauvegarde des œuvres conservés au niveau de cette institution, et je me pose la question: est-ce que ces œuvres sont à jeter à la mer depuis l'invasion des années 2000?
Si ce même orchestre tente l'expérience avec la musique classique européenne en ajoutant à la neuvième symphonie de Beethoven un morceau de Mozart ou de Chopin, quelle aura été la réaction des détenteurs ?
Nos maîtres de l'école de Tlemcen, d'Alger et de Constantine, ont conservé cet art ancestral depuis des siècle ou, au moins de Cheikh MENEMECHE et Cheikh SFINDJA à nos jours, tout en respectant les trois écoles. Les associations ont aussi sauvegardé précieusement et jalousement cet art, même si actuellement elles commencent à se disperser à cause de certains agissements.
Personnellement, je suis un amoureux du Malouf et du Gharnati même si j'appartiens à l'école d'Alger, j'avoue ne pas être en mesure d'exécuter convenablement un morceau du malouf à la place d'un constantinois de crainte qu'il ne m'arrive ce qui est arrivé au corbeau lorsqu'il a voulu imiter la démarche de la perdrix. Je le dis sereinement et sans aucune honte.
Je vous avoue aussi, que je préfère voir et admirer une tlemcenienne habillée en Kaftan tlemcenien, une constantinoise en djebba constantinoise, une algéroise en karakou algérois et même une femme du sud habillée en mel'hefa. Je vois mal, une seule de ces trois femmes habillée avec un costume englobant toutes ces différentes régions. Laissons notre richesse se promouvoir!
Il est plus judicieux de créer un orchestre national pour chacune des trois écoles. Chacun aura la tache et la possibilité de mieux sauvegarder ses noubas avec leur authenticité et leur spécificité.
Réveilles toi Menemeche,
Réveilles toi Sfindja,
Réveilles toi Yamna
et constatez se qui se passe de nos jours.
Avec la permission de mes maîtres,
je chanterai : " Ya asafi 'ala ma yadjra" au lieu de " Ya asafi 'ala ma madha"
Brahim BENLADJREB
Intervention de Mohamed
SAADAOUI
Président et Professeur de l'association El Anasser
Cette intervention, je l'ai rédigée pour la lire, lors de l'émission "Arabesque" de A. MEZIANI, sur les
ondes de la chaine III, le Dimanche 20 Avril 2008, pour apporter mon humble analyse, qui reste personnelle et n'engage que moi, et surtout dénoncer les agissements et le comportement, pour le
moins pathologique, de son chef d'orchestre. Comme l'émission ne m'a pas permis de la lire entièrement, vu la durée et les nombreuses interventions, j'ai décidé de la publier
pour qu'un grand nombre de mélomanes, de musiciens et de personnes intéressées par cette musique puissent en prendre connaissance et exprimer leur sentiment.
Parallèlement à mon intervention, je publirai celles des autres acteurs de ce patrimoine qui veulent bien apporter leur contribution et leur optique afin d'éclairer l'opinion publique et pour que
cesse la mascarade.
Ce qui m’a fait réagir et motiver ma présence sur ce plateau est en fait un ensemble d’anomalies et d’irrégularités émanant du
chef de l’orchestre national de musique andalouse et que je vais devoir synthétiser.
1. Ses déclarations indélicates à la télévision à une heure de grande écoute où il traite les musiciens andalous de « djuhala » et en commettant une plus grande indélicatesse en citant un défunt musicien, le regretté Si Mohamed Bahar. Si Mohamed Bahar lui aurait dit que cette musique a été élaborée et conçue par des musiciens savants et se trouve actuellement entre les mains de musiciens ignorants. Une déclaration pareille est une atteinte à la mémoire de quelqu’un qui a consacré sa vie à cette musique et qui a permis à Mr Guerbas, d’apprendre et d’entrevoir beaucoup de secrets que renferme cette musique traditionnelle. Il lui a également appris la technique du jeu de la Kwitra.
Je rappelle à toute fin utile que le vecteur principal de cette musique est constitué par ces valeureux adeptes et chouyoukhs, qui malgré l’absence de transcription et de moyens d’enregistrement et malgré les déperditions et les transformations opérées au cours du temps en raison de la défaillance de la mémoire humaine, ont pu nous faire parvenir et nous léguer ce trésor. Sans ces chouyoukhs, qui ne connaissent peut-être pas la grammaire musicale universelle mais qui possèdent les ingrédients nécessaires à leur tradition, cette musique se trouverait dénaturée. C’est donc grâce à ces chouyoukhs que nous avons tous percé les secrets de cette musique.
Autre déclaration à la limite du mépris et de l’indélicatesse était de dire, je cite : « j’ai essayé de collaborer avec des musiciens universitaires, connaissant leurs faculté d’analyse, je me suis rendu compte en fin de compte que vu leur apprentissage traditionnel, ils ne pouvaient être d’un apport conséquent ». Je réponds à ce propos, puisque je me sens directement viser par cette déclaration et en vertu du droit de réponse, permettez moi ces remarques et là je m’adresse directement à Mr Guerbas:
· Nous avions un projet en commun de transcription du patrimoine andalou et le projet a buté à
votre niveau pour des raisons que j’ignore et que je lie probablement à l’indisponibilité. En effet, on ne peut pas courir plusieurs lièvres à la fois, surtout quand on n’est pas résident
permanent en Algérie. Seulement quelque temps après, vous m’apprenez qu’un éditeur vous aurez sollicité pour faire sortir un livre de 100 pièces andalouses transcrites et à ce moment là
vous me demandez de vous donner les textes des poèmes que j’avais sur fichier informatique. Je vous ai transféré les donnés du fichier sur
votre flashdisc en quelques secondes et voilà un acquis, qui m’a pris beaucoup de temps et d’argent, en votre possession gracieusement et rapidement surtout. Je suis sûr qu’il a dû vous servir
pour les livres que vous avez montrés fièrement à la télévision et que vous venez de sortir. Le même jour, où je vous ai remis les textes poétiques,
vous me demandez également de vous donner une ou deux transcriptions de touchias pour vous servir à votre conférence que vous deviez donner à
Annaba. Là également, je n’ai pas hésité à le faire.
Par ailleurs, je tiens à vous rappeler, au passage, que je vous ai remis un document de 272 pages où
figurait la transcription des touchias algéroises, certains beshrafs constantinois et certaines touchias tlemcéniennes en plus des pièces instrumentales turques et tunisiennes. Ce livre, je
l’ai tapé de mes mains pour servir de programme de base à l’enseignement de mes élèves. Ces oublis sont-ils dus à une mémoire défaillante ou à
une volonté délibérée de décréter le vide autour de vous ?
2. Les musiques traditionnelles, partout dans le monde, sont du ressort des musiciens de la tradition, eux seuls capables de donner la coloration spécifique de leur art. « Les traditions musicales appartiennent aux composantes majeures du patrimoine immatériel ; de fait, elles font partie du patrimoine universel de l'humanité au même titre que les monuments et les sites naturels ». Le site du Hoggar n’a rien avoir avec le Mont d’Everest. Croiser une musique ayant une essence et une coloration spécifique donnée avec une autre entité ayant des caractères différents nous emmène à la création d’une musique au phénotype hybride, c’est-à-dire d’apparence non pure même si ses géniteurs renferment les caractères de l’originalité. On ne peut donc pas demander à un musicien issu d’une tradition donnée ou d’une école donnée de mimer une autre tradition pour donner le reflet de l’originalité d’un patrimoine qui n’est pas le sien. Aucune pièce musicale vocale ou instrumentale jouée par l’orchestre national ne reflète fidèlement l’originalité et l’essence même d’un style donné. Il s’est installé un malaise chronique chez les musiciens de l’orchestre national puisqu’ils n’arrivent même pas à se retrouver dans leur propre style vue la non-conformité de l’exécution des autres musiciens issus des autres écoles et ceci explique le départ des musiciens confirmés ayant une grande expérience dans l’enseignement pour certains et/ou la pratique de leur art pour d’autres. Parmi ces musiciens, je cite : Boukli Hacène Salah, Belkacem Ghoul, Tewfik Belghebrit, Benali, de l’école de Tlemcen ; Djamel Bensemmar, Youcef Bounaas, Rabah Khettat, de l’école de Constantine ; Kamel Belkhodja, Anis M’hamsadji, Mohamed Boutriche de l’école d’Alger. Ces véritables pointures de ce patrimoine ont mal vécu le fait de voir l’essence de leur musique débridée et dénaturée et ne pouvoir ressentir la chaleur et l’émotion propre à leur style. Ils ne croient, par conséquent, pas à l’homogénéisation des styles. La diversité crée la richesse et vouloir être plus royaliste que le roi est une aberration qui ne possède malheureusement pas de traitement. Avec le départ de ces chevronnés et le refus des autres musiciens talentueux de rejoindre l’orchestre national, on se rabat sur le vivier des associations et là les incorrections surgissent. En effet, le chef de l’orchestre national contacte et fait miroiter l’éden aux jeunes élèves des associations en leur promettant monts et merveilles, comme il a le secret d’ailleurs, et se permet le luxe de s’offrir ces jeunes musiciens sans l’aval de leurs responsables pédagogiques. L’association El Djenadia qui a fait les frais de ces agissements est à l’arrêt en raison de la discorde résultant de ces comportements pour le moins irresponsables.
3. La distribution même des instruments dans cet orchestre ne répond à aucune logique d’équilibre sonore ou d’esthétique propre à cette musique. Le jeu du R’bab du chef d’orchestre n’est pas conforme au jeu traditionnel où cet instrument assure un rôle de soutien rythmique prépondérant. Dans l’orchestre national cet instrument n’est pratiquement pas audible et ne rempli pas, par conséquent, son rôle essentiel. Comment peut-on diriger un orchestre de plus de vingt musiciens avec un instrument aphone ? Ceci explique les déconfitures habituelles lors des changements de rythme et de style. La juxtaposition de plusieurs luths joués par des musiciens de différents styles ne peut entraîner qu’une cacophonie qui fait mal aux oreilles. Le but de la musique n’est-il pas de ravir l’oreille, l’âme et le cœur ? Un orchestre traditionnel, comprenant un ou deux instruments de chaque famille, permet aux musiciens de mieux s’exprimer et aux auditeurs de mieux apprécier puisqu’ils peuvent goutter au raffinement du jeu de chaque instrument. Maintenant, si on agrandit l’orchestre, c’est le nombre des violons qui doit augmenter en respectant un équilibre obligatoire entre contrebasse, violoncelles, altos et violons. Quant aux instruments à cordes pincées comme le luth, un seul par famille suffit et ceci dans un but essentiel de décoration de la mélodie, l’exécution des istikhbars pour garder la note nostalgique des groupes traditionnels. Dans l’orchestre national, c’est véritablement le désordre. Les musiciens ne sont pas répartis selon un ordre logique traditionnel ou même universel, par famille d’instruments, mais au contraire installé à l’emporte pièce. Certains musiciens tiennent leur violon entre les genoux, les constantinois ; les autres sur la cuisse, les algérois et les tlemceniens. Une kwitra entre les mains d’une débutante qui ne la joue pas selon la technique habituelle de l’instrument. Des musiciens qui discutent entre eux lors de la représentation. Toutes ces anomalies esthétiques et techniques donnent une mauvaise image de l’ensemble.
4. Depuis 5 ans, l’orchestre national n’a produit que trois extraits de nouba. Un programme dans le mode Dhil où on assiste à un autre désordre dans les modes, une touchia Dhil de Tlemcen couplée à un beshraf Raml el maya de Constantine, ensuite des pièces Rasd-Edhil et Maya et ceci par ignorance des choses et l’apprentissage sur les enregistrements. Dans le programme Mezmoum, on assiste à l’introduction de nouvelles compositions émanant du chef d’orchestre comme une touchiat Enasrafat, un prélude (Koursi) et surtout ce qui est grave le fait de vouloir greffer 2 parties à la touchia mezmoum traditionnelle, histoire de la compléter. Une oeuvre authentique, même si elle semble incomplète, ne doit pas être touchée et ceci par respect de l'originalité. Je dois dire que ces compositions n’ont aucunement l’esprit, l’essence et l’émotion du mode en question et de la musique andalouse, les influences se trouvant ailleurs. On assiste, également dans ce programme, au mélange de modes. Le Derdj Dhil « Hasbouka Allahou 'anni » du Malouf n’a rien à voir avec le mode Mezmoum même si on le transpose du Do au Fa pour avoir la tonique du Mezmoum. Le mode a une définition plus complexe que les simples intervalles constituant sa gamme. Dans la nouba Sika, on porte atteinte à la tradition en jouant un istikhbar avant la Mchalia et on imprime un rythme tlemcenien à une pièce algéroise, etc. Les études universitaires de musique du chef d’orchestre en France n’ont, malheureusement, pas traité des modes arabes et encore moins algériens. Le fait d’avoir un diplôme universitaire de musique occidentale ne permet aucunement de percer les secrets d’un autre domaine issu d’une autre culture et d’une autre perception des choses. Le plus brillant des poètes français ne peut se permettre de donner des leçons de poésie au plus petit des poètes arabes. Zyriab n’a pas été à l’université occidentale mais a eu un maître, Ishaq El Moussili. Il y va de même de Sfindja, de Bentefahi, des Fekhardji, de Larbi Bensari, de Bouali, de Chaklab, de Hsouna, etc. Et pourtant l’histoire de la musique andalouse ne retient que les noms de ces maîtres et d’autres, issus de la tradition. L’érudition apportée par le solfège permet un complément bénéfique à la musique traditionnelle mais ne peut être utilisé pour dénaturer un patrimoine civilisationnel et universel unique. Quels sont les maîtres du chef d’orchestre national pour le Malouf et le tlemcenien ? Aucun. C’est vraisemblablement ce qui explique la déperdition des musiciens de talent qui n’ont pu évoluer dans cet orchestre et accepter cette mascarade. Un néophyte d’une tradition donnée, quelque soit les bagages qu’il détient par ailleurs, ne peut prétendre commander un groupe de musiciens ayant été formé par de véritables maîtres de cette même tradition. C’est un non sens.
5. Le système musical, l’expression dans la manière de chanter ou de jouer de l’instrument des musiciens constantinois sont différents de ceux d’Alger et de Tlemcen. En effet les joueurs de luth ‘arbi possèdent un jeu et une rythmique propre qui n’a rien à voir avec les joueurs de luth algérois et tlemceniens. De la même manière le violoniste du Malouf, instrument entre les genoux, tenant l’achet à environ 2/3 de sa longueur, possède un jeu de coup d’archet particulier. Comment peut-on arriver à un compromis avec ces différences fondamentales et prétendre former un ensemble homogène? Certains sons émis par les musiciens constantinois du fait d’un système musical propre, sont différents de ceux émis par les algérois et tlemceniens, ce qui donne l’impression que certains musiciens ont mal accordé leur instrument.
6. Autre anomalie avérée est la leçon de musique que donne le chef d’orchestre au début de chaque concert même si l’orchestre se reproduit 10 fois dans la même salle et en présentant le même programme. En plus de l’ennui suscité par cette leçon, les données expliquées sont biaisées et ne reflète exactement la réalité de la pratique de cette musique. En voulant schématiser le déroulement de la Nouba algérienne, le chef d'orchestre tombe dans le panneau de la tromperie en occultant délibérément certains aspects de la réalité. Je donne quelques exemples. Il explique que le msaddar a un rythme à 16 temps en évoquant et en jouant persister et signer que tous les Msaddars ont un rythme à 16 temps, ce qui est absolument faux. En effet, rares sont les Msaddars qui possèdent un rythme régulier à 16 temps. Les algérois n’étant pas habitués au rythme propre à la Nouba tlemcennienne se trouvent mal du fait du dépaysement, il en est de même pour les musiciens constantinois. Il explique également que le rythme du Btaihi est à 8 temps en faisant référence à Tlemcen également, mais n’évoque pas celui d’Alger et la particularité de celui de Constantine. En plus, quand il joue le Btaihi, la partie vocale est sur un rythme à 8 temps à la tlemcenienne et la réplique instrumentale est sur un rythme à 4 temps à l’algéroise, etc… C’est une incohérence manifeste dictée probablement par le désir de se démarquer et de bouleverser l’ordre habituel et donc dénaturer un patrimoine pour lequel des générations d’hommes et parfois de femmes, à travers les siècles, ont sacrifié une bonne partie de leur vie pour l’entretenir, le développer et le transmettre à leur tour. celui de Tlemcen mais en occultant le rythme d’Alger qui est 4 temps et le rythme particulier de Constantine qui n’a jamais été joué par l'ensemble, vraisemblablement, en raison de sa difficulté et de sa spécificité. L’orchestre exécute un msaddar algérois en lui collant comme support un rythme de Tlemcen, une façon de vouloir
7. Enfin, ce qui est très grave et que je dois absolument dénoncer est l’utilisation de la scène pour régler des comptes avec certains musiciens qui n’approuvent pas la démarche du chef d’orchestre. Le dernier évènement en date est le passage de l’orchestre national à Miliana, il y’a deux jours. Cet orchestre est venu à Miliana pour fêter l’anniversaire de l’association Ezziria dont j’étais le professeur et chef d’orchestre pendant 2 ans et demi et à qui j’ai laissé 8 noubas programme. Avec la bénédiction du directeur de l’administration et des moyens du ministère de la culture qui est un membre de cette même association et en utilisant les deniers publics à des fins de basse besogne, Mr le chef d’orchestre a commencé à tenir des propos calomnieux à mon encontre pour la simple raison que j’étais invité sur un plateau de radio pour donner mon avis technique sur le travail de l’orchestre national. Ce dernier est allé jusqu’à dire, devant une assistance venue écouter la musique, je cite : « je sais dénicher une tomate pourrie dans un cagot ; Mohamed SAADAOUI est un danger pour la cité, je vous conseille de faire attention à ce bonhomme », fin de citation. Est-il décent pour quelqu’un qui représente une institution culturelle et qui est à la tête d’un orchestre dit national et sur qui on a placé beaucoup d’espoir, d’agir de la sorte. Il s’est même permis de dire que les émissions de radio étaient dirigées en fait contre madame la ministre de la culture. Je réponds à ces allégations de la façon suivante : je ne vienne en Algérie. Je ne peux être contre quelqu’un qui a risqué sa vie en luttant pour que l’Algérie reste debout. Je n’ai donc pas de leçon à recevoir de quelqu’un dont l’objectif premier est la dénaturation de notre patrimoine andalou et l’humiliation de ses symboles. Par ailleurs, je tiens à préciser à ce Mr Guerbas que je suis un universitaire, Bac + 11, médecin spécialiste en pédiatrie, professeur de musique par passion depuis 11 ans, que ma mission est dans mon pays, auprès de mon peuple. Je ne me suis jamais servi de cette musique pour le moindre privilège, au contraire je paye de ma poche pour donner une éducation musicale aux jeunes de mon pays. Je rends ce qu’on m’a donné. connais Madame la ministre de la culture à travers son engagement pour la démocratie, son courage, sa résistance et sa lutte contre la horde terroriste avant qu’elle ne soit ministre de la culture et avant que Mr Guerbas
Mohamed SAADAOUI
Intervention de Mohamed Boutriche
Professeur au conservatoire d'Alger
Président et professeur de l'association
El Fen Wel Adab d'Alger
Ceci est l’intégralité de mon intervention à la chaîne 3 dans l’émission « arabesques » présenté par Mr Abdelhakim MEZIANI, intervention, malheureusement, coupée sans ambages après avoir été appelé chez moi pour donner mon avis sur le thème débattu à savoir l’orchestre national de musique andalouse. J’avais déjà écouté les précédentes émissions sur ce sujet et refusé de participer puisque les interventions, quoique pertinentes, venaient dans un seul sens pour répondre aux propos indélicats émanant du chef de l’orchestre " National " qui a traité tous les acteurs algériens de la musique andalouse de «Djouhalas». J’ai proposé alors un débat contradictoire digne de gens civilisés et responsables.
J’ai longtemps adhéré et même fut fondateur musicien de cet orchestre car au début j’ai été séduit par le projet qui consistait à constituer un orchestre avec l’élite Nationale et après une année, chaque élément devait parrainer un jeune pour perpétuer notre patrimoine sur des bases à la fois scientifiques et modernes.
Après plus de 05 années le but n’était pas atteint, il est vrai avec le travail désuet, on ne devait pas s’attendre à mieux. Le chef d’orchestre venait de temps à autre de Paris, remettait un CD ou une cassette et chacun se débrouillé comme il pouvait.
Il était convenu de ne pas toucher aux associations mais on s’est mis à les saborder. L’association El Djenadia de Boufarik a fait les frais puisqu’elle se trouve, actuellement, à l’arrêt en raison de la « fitna » créée par le chef de l’orchestre national en leur prenant des élèves sans le consentement de leurs dirigeants.
Plusieurs grosses pointures ont quitté prématurément l’orchestre devant l’attitude dictatoriale du chef d’orchestre à savoir M GHOUL Belkacem, BOUKLI HACENE Salah, BELGHERBIT, BENALI, BENKALAFAT ….etc. tous de Tlemcen ainsi que BOUNAAS Youcef, KHETTAT Rabah, Amine BENSEMRA, Djamel BENSEMAR de Constantine. BELKHODJA Kamal, REZKELLAH Abdelkader, MEHAMSSADJI Anis, entre autres, d’Alger et enfin moi-même.
Ce qui me chagrinait était le fait que, malgré que les deniers de l’état coulant à flots, on se produisait, durant près de 30 tournées sur tout le territoire National, dans des salles comprenant à peine 10 à 15 personnes. Lorsque je demandais le pourquoi, on me rétorquait que l’information ne passait pas. Pourtant, à chaque ville, nous étions attendus par les directeurs de la culture et étions hébergés et nourris à grand frais !
Du point de vue technique, il fut impossible de faire ressortir l’âme, la couleur et la spécificité de chaque école par l’orchestre National. Dans la composante Algéroise seuls 2 ou 3 éléments étaient valables, les autres avaient tout juste le niveau d’une classe moyenne d’une association ( surtout les violonistes filles). La composante de Tlemcen était réduite à 04 éléments, certes, doués, mais n’avaient pas l’envergure de ceux qui ont quitté l’orchestre. Le groupe de Constantine composée de 07 éléments très doués, chevronnés, dominait l’orchestre, surtout la flûte Constantinoise. Bref, il faut avouer qu’aucun musicien ne se reconnaissait dans sa propre école.
En plus de 05 années, l’orchestre National n’a présenté que 03 extraits de noubas à savoir DIL, MEZMOUME et SIKA alors que dans les associations ce chiffre peut être multiplié par 4. Certains dirons que je critique l’orchestre parce que je n’y figure plus, je dirais que cela faisait longtemps que je devais arrêter si ce n’était les encouragements de M SAADAOUI car au début on croyait à ce projet mais je constatais que les pièces de la çan’a d’Alger étaient déformées et j’en faisais régulièrement la remarque au chef d’orchestre. Aussi, je ne voulais pas quitter le bateau (comme me disait le chef de l’orchestre nous réussirons ou nous échouerons ensemble). Seulement, le lâchage lâche l’a été par le chef de l’orchestre qui m’a déposé sans aucune considération pour mon expérience en invoquant le fait que je ne chantais plus et cela à cause de l’intervention chirurgicale que j’avais subit. Je lui rappelle qu’il y a deux années, lors d’un voyage en Espagne avec l’orchestre, je lui ai fait part de mon désir de quitter l’orchestre, il a alors rétorqué qu’il n’en sera pas question en disant, je cite : "j’ai besoin du jeu de ton luth, de tes connaissances et de ton expérience ".
Signe de bricolage et de non respect pour son orchestre est le fait d’intégrer dans l’ensemble le directeur de l’administration et des moyens du ministère de la culture pour jouer du bendir dans la nouba (encore une trouvaille) et que ce dernier ne chantait pas et n’ouvrait la bouche pendant le concert, que pour respirer ou tousser. Comme copinage et favoritisme on ne ferait pas mieux.
A propos du fonctionnement de l’orchestre, il était convenu, au début, que chaque musicien devrait percevoir un montant de 10.000,00 DA par représentation. Les sommes d’argent sont virées dans la compte particulier des musiciens ce qui était réglementaire, ensuite le chef décida de nous retirer 3.000,00DA en ramenant le cachet à 7.000,00 DA. Mais ce qui est plus grave c’est que les montants en espèces sont remis en mains propres sans que le bénéficiaire ne signe une quelconque décharge ou pièce comptable. En ma qualité d’inspecteur principal du Trésor, chef de brigade des inspections – contrôles et vérifications de tous les établissements publics à caractère administratif- je n’en revenais pas d’une telle irrégularité. Il est élémentaire de savoir que tout achat doit faire l’objet d’une facture et tout paiement surtout en espèces doit être accompagné d’une pièce (état de paiement ou décharge). Cela s’appelle une comptabilité occulte. Je défie quiconque de me présenter une pièce signée de ma main. Lorsque j’ai essayé de comprendre on me rétorque que cela ne me regardait pas et que je devais prendre mon dû, c’est tout. Si ce n’était mon honnêteté je pourrais dire que je n’ai rien reçu. En outre, les membres de l’orchestre ne possèdent ni contrat ni assurance.
Devant ce bilan désastreux et le gaspillage des moyens colossaux mis à sa disposition, ce chef d’orchestre, s’il avait une honnêteté et une conscience, devrait quitter la table dignement même si elle est bourrée de dinars.
La constatation étant faite, à mon humble avis, il faudrait 03 orchestres nationaux, chacun donnant l’empreinte de son école pour mieux montrer la diversité de notre musique et pour permettre aux musiciens de mieux s’exprimer.
Maintenant, à vous de juger et de conclure.
Mohamed BOUTRICHE
Intervention de Sid Ahmed Serri
Digne héritier de la lignée
Sfindja-Benteffahi-Fakhardji
Maître et dépositaire du patrimoine
d'Alger
Président de la fédération nationale de musique classique algérienne
J’ai écouté, sur la chaîne de télévision « Canal Algérie », il y’a quelques jours, une Nouba dans le mode Sika exécutée par l’orchestre national ou dit national, soupoudrée aux couleurs des trois styles de musique andalouse ou « andalousienne » selon l’appellation nouvellement suggérée.
Je considère que la création de cet ensemble est intervenue unilatéralement, sans aucune consultation préalable avec les hommes de l’art, ce qui relève malheureusement d’un manque de discernement, dangereux pour l’avenir d’un patrimoine séculaire que l’on daigne coûte que coûte à sauvegarder et à transmettre aux futures générations.
Il est, cependant, heureux de constater, qu’avec ou sans l’aide matérielle des pouvoirs publics, des associations se créent et se multiplient à travers le territoire national, formant des milliers de jeunes aux arcanes d’un héritage précieux dont ils apprennent, au fil des ans, à en découvrir toute la beauté et la valeur à la fois historique et émotionnelle. Il est heureux également de relever chez un nombre croissant de ces associations, que grâce au travail inlassable et au dévouement de leurs responsables, elles sont en mesure d’aligner un ensemble d’excellente qualité sur le plan technique ; en comparaison, l’orchestre national, avec les moyens dont il dispose, devrait faire preuve de beaucoup d’humilité pour mériter son titre. Je considère que le contexte dans lequel il a été créé et l’objectif pour lequel je mets la plus grande réserve, j’estime plus raisonnable qu’il soit mis fin à cette aventure qui n’a aucun avenir.
Que l’on mette bien en tête, que quoi que l’on fasse, les trois écoles d’Alger, de Constantine et de Tlemcen, qui sont notre fierté et notre richesse, continueront d’exister comme elles ont toujours existé.
Sid Ahmed SERRI
Intervention de Bachir MAZOUNI
Professeur au conservatoire
d'Alger
Secrétaire général de l'association El Djazira
Il est vraiment désolant de constater aujourd'hui que la musique andalouse dans notre pays soit
devenue un programme de machination et de manipulation mercantile au profit de personnes douteuses faisant fie de l'ensemble de nos valeurs et des efforts consentis
pour la sauvegarde de notre patrimoine musical andalou et de notre identité culturelle.
La création de l'orchestre national andalou est venue pour détruire tous les efforts consentis depuis plusieurs décades déjà par nos valeureux Chouyoukh, Maîtres et
les Associations.
Une boite de musique pleine de fausses notes, voilà ce qu'est l'orchestre national, voué inévitablement à un échec sans aucun
doute.
Il aurait été plus judicieux d'établir un programme de consultations auprès des principaux concernés, sans omettre bien entendu les différentes associations qui sont la cheville ouvrière de ce patrimoine musical
andalou.
La solution réside tout simplement à reconsidérer la constitution de cet orchestre national tout en essayant d'étoffer de manière conséquente les trois
orchestres régionaux Tlemcen, Alger et Constantine.
Elaborer pour ces orchestres, des programmes de formation et d'enseignement en matière de technicités instrumentales afin de pouvoir accéder à une prestation de niveau
supérieur et de qualité.
Enfin, aller vers la recherche et la création de mode nouveau pour remplacer tout au moins les quelques modes disparus.
Bachir MAZOUNI
Le festival international du Malouf, qui s'est tenu à Skikda (ville côtière située dans l’est algérien) du 20 au 27 Juillet 2007, a vu défiler un certain nombre de formations musicales algériennes et étrangères. Je vous propose un résumé succinct et illustré en photos.
Orchestre régional de
Constantine
sous la direction de Samir BOUKRIDIRA
Nouba Zidane au programme
Le chef d'orchestre, à gauche de la photo, nous a gratifié d'un excellent Istikhbar;il prépare actuellement son doctorat en
musique.
Le programme concocté par l'ensemble tunisien était très léger et très appréciable, surtout la séquence Asba'ine (l'équivalent du Hidjaz oriental, Zidane algérien) où on pouvait reconnaitre
certaines pièces semblables à celles du Malouf algérien comme "Ala ya moudir errah". Les musiciens ont été excellents et à la hauteur de la réputation de leur institut. Cette soirée
purement malouf a été donc une grande réussite.
Les solistes tunisiens, très belle voix, grande
présence
Les deux préparent leur magister en musique
FIN de la première soirée
Les violonistes
Madjda (à gauche), Farah (au centre) et Racim (à droite)
Vérification de l'accordage des
instruments avant le concert
Selma, (à gauche) au luth 'arbi, instrument typiquement
magrébin;
Mohamed, chef d'orchestre, (au centre) au qanun,
Madjda (à droite) au volon alto
et Wissam (derrière Madjda) au violon alto.
Madjda, soliste vocale,
excelle dans les muwashshahats
voix exceptionnelle, comportement exemplaire
2ème année de fac.
Chérif MOULANA, 15
ans, au Baglama turc
Ne donne pas l'impression de de s'intéresser vraiment,
mais reste très efficace,
a décroché son BEM avec une bonne moyenne.
Maya KHELIA, 14 ans, au violon alto,
Maya est très fidèle à son maître.
A obtenu son BEM avec une bonne moyenne.
Abderaouf BENCHARIF,
très doué mais ne travaille pas assez en dehors des répétitions.
Il prépare son Bac, nous lui souhaitons la réussite.
Ilhem, belle et timide,
adore la musique et est très brillante dans ses études;
Elle a eu son BEM cette année
et s'est classée 1ère dans la ville de Miliana.
Racim, au violon,
Très doué et très fainéant en même temps,
mémoire musicale extraordinaire,
mon élève depuis 8 ans.
Selma, au luth magrébin,
forte personnalité et beaucoup de charme,
mon élève depuis 9 ans,
en 3ème année de fac,
Wissam, au violon alto,
très gentille et discrète,
est en 1ère année secondaire.
Yasmine, au piano, la plus jeune de l'ensemble,
joue à plusieurs instruments,
son sourire innocent la caractérise.
Farah, au violon alto,
charme, sensibilité et intelligence,
A obtenu son BEM avec une excellente moyenne.
Remise des distinctions d'honneur en fin de concert
FIN de le deuxième soirée.
Association RACHIDIA de Mascara
Classée 1ère
au festival national du Malouf,
ce qui justifie sa participation au festival international,
Très jeune ensemble, grande cohérance dans le jeu.
Association RACHIDIA de Mascara
programme: Nouba Zidane Malouf avec
quelques variations,
ensemble à encourager mais porte la lourde responsabilité du 1er prix.
L'ensemble ARONINA de Syrie,
Les choristes syriens
Grande technique vocale, grande inspiration ce soir là.
On a eu droit aux célèbres muwashshahs syriens.
Qadri DALAL au luth, chef d'orchestre,
Bashar Chérif (musicien de Madjda Roumi) excellent violoncelliste,
Mohamed cheghal au tambouri (tar)
Mon ami Ghessan
AMMOURI, au qanun,
nous a gratifié d'excellents taqasim,
nous a fait l'honneur de nous céder son qanun à un prix symbolique,
l'heureux bénéficiaire fut Mohamed AZIZI de l'association EL BESTANDJIA
ARONINA à la fin de leur spectacle,
le public était comblée, le théâtre de
Skikda était archi-comble.
Remise des distinctions par Halil KARADUMAN de Turquie.
FIN de la troisième soirée
Le docteur Mohamed Qadri DALAL
est le directeur le l'institut arabe de musique d'Alep,
vient de sortir un ouvrage en deux tomes sur la musique soufie,
il nous a fait
l'honneur de nous offrir un exemplaire,
Brahim BELADJREB, qui fait des recherches dans le même domaine dans le chant religieux algérien, était ravi de recevoir lui aussi un exemplaire.
Le sujet de la conférence de Qadri DALAL était le chant soufi en Syrie,
Eugénie ABELIAN, musicologue, nous a parlé du chant religieux arménien.
Ensemble Andaloucia de Constantine
très belle prestation, grande
maitrise.
L'ensemble turc composé uniquement de 5 musiciens (takht):
1 joueur deTanbur (à gauche), 1 joueur de Ney, 1 joueur de qanun,
1 joueur de luth et 1 percussionniste.
Halil KARADUMAN, l'un des meilleurs joueurs de qanun au monde
(voir article lui ayant été consacré)
Necati CELIK, luthiste et professeur de luth de grande qualité
Le neyzen Arif improvisant un taqsim
Le tanburi Fatih
Remarquez la longuer du manche,
les fils à vide ont une longuer de 106 cm,
les frettes sont mobiles, leur disposition vous renseigne
sur le système musical turc
dont la gamme fondamentale est celle de Pythagore.
Le timbre du tanbur à frettes se rapproche de celui du Banjo.
L'histoire de la musique ottomane retient le nom
d'un grand joueur de tanbur et grand compositeur, Tanburi CEMIL BEY
que je propose de découvir en ouvrant la vidéo
suivante
Le joueur de tanbur utilise lors du concert un autre instrument similaire
se jouant avec archet appelé par les turcs Yayli tanbur. L'histoire moderne retient un autre nom célèbre, Ercument BATANAY
que je vous propose de découvrir sur la vidéo suivante.
Le percussionniste utilise plusieurs outils au cours du concert
Tar pour les Sama'i, Daf ( instrument entre les mains) pour les beshraf
et derbouka pour les pièces rythmées.
Remise des distinctions par le commissaire du festival,
tout le monde est content.
Le commissaire du festival, le docteur Zerouala
(à gauche sur la photo)
applaudissant la prestation de l'ensemble turc et du
maître Halil KARADUMAN.
Séance de master class de qanun dirigée par Halil
KARADUMAN
Ensemble de Skikda
Nouba Sika au
programme
L'ensemble de Beihdja RAHAL
Envolée lyrique de Beihdja Rahal dans une Nouba Rasd
Le Docteur ZEROUALA a tenu à rendre hommage à la femme artiste
qui active le plus sur la scène de la musique andalouse
(enregistrement et mise sur le marché de 15 CD)
FIN de la cinquième soirée
Halil, 3 ans , avec son père et son 1er maitre du
qanun
Avec la chanteuse Gonul AKKOR, en 1992,
Séance de master class de qanun, en marge du festival du Malouf à
Skikda
Halil
KARADUMAN et Mohamed SAADAOUI, à Skikda
Atelier
de luth dirigé par l'un des meilleurs luthistes turcs, Yurdal Tokcan
Atelier de violon dirigé par un excellent violoniste BAKI
Kemanci
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