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La vie professionnelle de tout artiste repose sur des principes fondamentaux qui garantissent sa
réussite. Le respect d’autrui et le respect de son art sont les bases de sa gloire.
Ceci dit, l’artiste doit refléter l’image de sa société. Il doit tenir sous contrôle sa conduite et son langage. N’a-t-on pas dit : « que la musique adoucit les
mœurs » ?
N’ayant aucune prétention, et me passant de toute polémique, il est de mon devoir de donner mon point de vue sur ceux qui tournent autour de l’orchestre national de musique
andalouse.
A mon sens, ce débat a été, déjà, ouvert il y a bien longtemps ; mais aujourd’hui, il a pris une autre tournure du fait que le chef de cet orchestre national se permet, en toute
quiétude, d’utiliser, devant des millions de téléspectateurs et à un moment de grande écoute, des termes insultants envers ceux qui lui ont transmis le savoir, ceux qui lui ont permis de
former son orchestre avec leurs musiciens et ceux qui l’ont soutenu à un moment donné.
Me sentant doublement concerné, je me permets de donner un avis sur les propos indélicats avancés par ce chef d’orchestre. Reprenant des propos dits ( ?) par le regretté Si Mohamed
Bahar, ce chef d’orchestre saisit l’opportunité pour régler les comptes de certains qui semblent le gêner dans sa tâche. Connaissant personnellement Si Mohamed Bahar, et ne voulant pas que
sa mémoire soit salie par des propos qui ne peuvent pas être les siens, je ne peux taire ce sentiment amer que j’éprouve. Voilà ce qui a été dit au nom de Si Mohamed Bahar :
« cette musique a été faite par des savants et aujourd’hui elle se trouve entre les mains d’ignorants ». Je ne peux, alors, que
dire: « ach yaamel el miyets fi yadi gheçalou ».
Utiliser le nom d’un mort pour régler les comptes des vivants me paraît un geste plutôt lâche.
Par ailleurs, lors d'une intervention radio, il ose déclarer ceci : « la caravane passe et les chiens aboient, bien que j'ai du respect pour mes
chiens ». Se taire devant de tels propos relève de la faiblesse ou de la complicité.
Ces propos insultants ne peuvent,
en aucun cas, laisser indifférents ceux qui ont sacrifié leur vie pour préserver ce patrimoine et le transmettre aux générations futures. Ces gens réagissent et vous disent tout
simplement :
« Après la gloire et l’argent il y a ce qui reste de l’éducation d’un homme ».
« La fin ne justifie pas les moyens lorsqu’il s’agit de conduite ».
« li tgha yanzel wa li tkayed yanaâzel ».
« Le plus dur sera la chute ».
« El sakia ma taâned bahra toufen ».
Par devoir de mémoire, je rappelle à ce chef d’orchestre que j’ai fait partie de son groupe et je l’ai aidé lorsqu’il avait, vraiment, besoin de mes services.
Dix jours ont suffi pour me rendre à l’évidence et me pousser à me retirer de cette aventure qui, à mon avis, n’avait que peu de chance d’atteindre son objectif.
L’idée de création d’un orchestre national est noble et délicate. Elle a été prise à la légère puisqu’elle ne reposait sur aucun cahier des charges, ni sur un cadre juridique ou
administratif, ni sur une concertation avec les chouyoukhs qui ont leur point de vue lorsqu’il s’agit de patrimoine national. Le résultat est là pour en témoigner.
Je remercie ce jeune chef d’orchestre pour nous avoir rappelé que notre musique a été faite par des savants « ‘amlouha el oulama ». Pour notre part, nous lui
rappelons que cette musique nous a été transmise par des professionnels, des artisans, des coiffeurs etc.… Ces maîtres ne comptaient que sur leur mémoire pour sauvegarder ce legs et le
transmettre aux générations futures. Ils n’ont jamais insulté personne ni prétendu être les meilleurs. Ils savaient que : « ma tsantikou el awani ila bima
sakene ». Et : « li dekhel lel hamam la boud yaareq ». Et : « li darbatou yadou ma yebki wa ida baka yakhfi
saoutou ».
Quant à la suite de ses propos : « aujourd’hui elle est entre les mains d’ignorants » ou « el youm rahi bin yadine el djouhala ». Je pense
que notre "docteur en musicologie" doit revoir ses propos car le terme djouhala ne peut pas s’appliquer à des Maîtres qui pratiquent un art plus que millénaire, écrit en langue
arabe, et qui connaissent parfaitement leur patrimoine. Donc ce terme djouhala est mal approprié et impropre à la musique. Un terme respectueux semble plus
adéquat.
La suite des propos est plus amusante : « la caravane passe et les chiens aboient ». Nous pensons que ce dicton du moyen âge ne s’applique pas aux associations,
véritables écoles d’éducation musicale, qui ont porté le flambeau depuis le recouvrement de la liberté et de la souveraineté nationale. Prendre des responsabilités c’est accepter la
critique. N’a-t-on pas dit que "dkhoul el hamam ma chi ki khroujou ".
Défendre le patrimoine national ne suppose pas se faire des ennemis. Au contraire, c’est porter un intérêt particulier à la propriété collective et à la mémoire ancestrale. Ce legs n’a
jamais été la propriété privée de quiconque, et ne pourra jamais être pris en otage pour une raison ou une autre par un ou plusieurs individus. Quant il s’agit de mémoire nous devons
réagir sagement et sereinement contre toute idée non réfléchie qui risque d’ouvrir une brèche pour une dénaturation de ce patrimoine immatériel.
Est-ce que : « en Europe un chef d’orchestre peut interpréter une symphonie de Beethoven mixée à un concerto de Mozart et à en faire une seule
œuvre »? NON !
Est-ce que : « en France on autorise les musiciens à faire des retouches à la musique médiévale ou à la musique baroque ou aux compositions classiques
universelles » ? NON !
Est-ce que : « en Europe on autorise un mélange de pièces classiques à des pièces contemporaines présentées en même temps » ?
NON !
Reconnaissez vos fautes et remettez vous en cause. L’histoire ne vous pardonnera jamais vos dépassements. A moins que vous appliquiez le dicton qui dit : « khalef
tou’araf ».
Voilà ce que vous avez présenté dans plusieurs villes d’Algérie et à l’Etranger comme programme :
- Nouba dans le mode Dhil. (à titre d’exemple ).
Metchalia Tlemcennienne qui manque de vitalité et qui semble s’apparenter à un hymne funèbre.
Touchia dhil tlemcennienne mixée à un bashraf raml maya constantinois qui n’ont aucune affinité ni sur le plan de la structure, ni sur le plan de l’appellation ni sur le plan du mode ni sur le plan du rythme ni sur le plan esthétique. L’orchestration était dominée par une flûte constantinoise omniprésente et des violons aux coups d’archets spécifiques au malouf qui ne laissaient aucune chance aux autres instruments d’émerger.
M’cedder dhil tlemcennien : « achfiki fi el houbi » dont l’interprétation du refrain était incomplète. Ce chef d’orchestre s’est permis le luxe de la restaurer à sa manière sans s’inquiéter de son authenticité. Cette pièce musicale est complète et n’a pas à être retouchée. L’honnêteté intellectuelle ne permet pas ce genre de nuisance. Même si le chef d’orchestre a veillé sur le rythme « kacid » le tempo était loin d’être juste. Quant à l’interprétation, elle était toujours dominée par la technique instrumentale constantinoise qui est totalement différente de celle de Tlemcen et celle d’Alger.
Derdj constantinois dans le mode Maya:"Nourou essabah" dominé bien entendu par les musiciens constantinois dans
l’instrumental et le vocal.
Le koursi du derdj est composé par le chef d’orchestre, pièce nouvelle insérée dans une composition ancienne et qui n’à aucun rapport avec la structure des interludes connus à
Tlemcen, à Alger et à Constantine.
Le derdj tlemcennien « saha el balabil » deuxième partie du derdj « faha el banefcedj ». Ce derdj est purement du mode « rasd el dil » et n’a pas à se trouver dans la nouba dhil.
En résumé la nouba dhil présentée par cet orchestre est un ensemble de pièces musicales qui passent du mode dhil, au mode « reml maya », au mode « maya », à une composition personnelle du chef, au mode « rasd dhil », et revient au mode « dhil »etc.
Voilà le réel de ce travail et ce mélange qui ne réjouit personne. Cela n’a jamais fait l’objet d’une quelconque expérience dans aucun pays du Maghreb. La première se fait en Algérie en défiant l’histoire, la nomenclature des modes, la nomenclature des rythmes, les maîtres et en défiant notre culture. Bravo !
C’est du jamais connu dans l’histoire de la nouba maghrébine. Cette nouvelle vision de la nouba du vingt et unième siècle qui sait ? Peut être qu’elle nous portera chance à l’avenir ?
Cette modeste analyse n’est ni le produit d’une quelconque haine ni un geste de prétention ni un règlement de compte mais une simple et
modeste mise au point pleine de sagesse et de respect, qui éclaire celui qui pense détenir la vérité en narguant tout le monde au nom de sa connaissance musicale universelle. « Si
la langue enrobait un os, la bouche aurait perdu ses dents ».
L’amour que je porte à ce patrimoine ne me laisse pas indifférent. Je souhaite à tous ceux qui perpétuent
cette mémoire du courage. Je leur dois beaucoup de respect et d’égard.
« Allah yarham men ‘alamana ».
Tant qu’il y a la raison, il y a le pardon. L’être humain est fragile, il fait des fautes, certes, mais il doit se remettre en cause et respecter autrui.
Notre Pays a payé cher son indépendance. La culture nationale a besoin de protecteurs. Soyez de ceux là! Merci!
Salah BOUKLI HACENE
L’ensemble national de musique classique algérienne :
Esprit de la sanaa et respect de la diversité
A Tlemcen l’ensemble national de musique classique
algérienne qui poursuit sa série de grands concerts inaugurée il y a une année n’a pu se faire consacrer par le public. Dans une salle de la maison de la culture aux trois
quart vide l’ambiance était jeudi passé pas trop enthousiaste. Rachid Guerbas le chef d’orchestre a les raisons d’être déçu n’ayant pu pour la troisième fois
conquérir le grand public de cette vieille cité musicale.
Ce public tlemcenien que les connaisseurs savent très sensible à
l’art musical andalou a eu peut être d’autres raisons de bouder. Ce n’est sans doute ni la comédie administrative parfaitement incorrecte prise pour faire tomber, voilà aujourd’hui
cinq ans, le voile définitif sur son prestigieux festival national de la musique andalouse, ni l’appel désespéré lancé par les hommes de l’art et de la culture pour son retour, ni le climat très
peu favorable à la culture qui existe dans cette ville et cela, en l’absence de moyens d’aide et d’encouragement, ne justifient totalement les motifs de cette désaffection. D’autres
motifs visant l’orchestre et s’est surtout son expérience novatrice dans ce secteur où la tradition est souveraine sont sans doute à l’origine de cette
rupture.
Tlemcen cette vieille capitale culturelle , ce
bastion fort de la musique andalouse , est certes réputée pour son conservatisme et, l’avis critique des connaisseurs sur l’ensemble national s’aiguise sur des problèmes de fond portant
sur la manière de protéger le patrimoine et sa mise en valeur. La mission de cet ensemble réside, selon les adeptes de la tradition, dans l’exécution de la nouba en respect de ses
valeurs telles héritées des maîtres. La gageure de Rachid Guerbas est d’alterner dans une sorte de variété des morceaux puisés d’une même nouba ou mode, moitié de la sanaa
d’Alger, moitié de Tlemcen et de Constantine .Cette expérience selon ces tenants, sacrifie à l’esprit sublime de la sanaa, ses règles et à la structure de ses différents actes enfin, ses
valeurs musicales qui se sont affinées, résultat d’un compromis avec la sensibilité et la culture propres à chacune des trois écoles.
Ce legs poético artistique séculaire est
imaginable qu’à travers une unité de chant et de rythme de la nouba.’’ La mission de l’orchestre national n’est pas de réformer mais est de mettre en valeur le
patrimoine dans sa diversité’’, explique un autre musicien, qui ajoute : ‘’La richesse de ce patrimoine revient essentiellement à cette multiplicité de styles où l’art est renouvelé avec
délicatesse et pureté, par de belles hardiesses ‘’.’’Impliquer la diversité des trois écoles dans une même nouba s’est rompre, insiste-t-il , avec les conventions anciennes qui
font de la sanaa une œuvre complète,équilibrée et surtout, en symbiose parfaite avec le microcosme culturel qui l’a produit et façonné’’.
La tentation novatrice
ne peut pas sacrifier à l’unité d’une même nouba relevant de microcosmes musicaux différents certaines plus proches que d’autres, les unes plus anciennes et d’autres
plus tardives. Chaque école possède le secret de fines nuances de cet art comme il existe un idéal d’exactitude dont il faut garder le sentiment. L’ expérience de l’orchestre national ouvre
le champ à un débat qui a existé déjà comme du temps de Yafil ancien directeur du conservatoire et de tous ceux qui ont allégé cette musique en dissociant celle-ci de l’héritage de
ses traditions complexes, formelles et expressives. Le danger de la perte de cet art réside certes dans la simplification qui risque de dénaturer l’essentiel de sa matière historique et
patrimoniale.
Le contenu expressif de cette musique est également aussi au cœur d’un autre débat qui existe aujourd’hui et qui a certes besoin d’exister sans
exclusion. L’avis de nombreux musiciens l’orchestre en question qui est en soi devenu l’école nationale, doit puiser ses ressources dans ce qui est transcendantal dans le legs
des maîtres qui ont appartenu sans contexte à la classe des virtuoses, les maîtres qui ont eu fortune d’incarner le génie algérien de cette musique dans sa
diversité.
El hassar Bénali
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